dimanche 25 septembre 2016

Aux portes de l'automne

 C'était la semaine passée, une petite escapade à deux pour profiter du soleil généreux de cette fin d'été en Auxois.

Les derniers fruits sauvages...


Les premières pommes des vergers et les raisins sur les façades de pierre.

Les premières flambées pour méditer au coin du feu et profiter du silence de ces paysages apaisants.


Et bien sûr une petite pause broderie après des promenades ressourçantes. 

jeudi 8 septembre 2016

C'est la rentrée

J'ai repris le chemin du travail, heureuse mais aussi méfiante car bien décidée à ne pas me laisser submerger par trop de pressions selon les recommandations de livres lus durant mes traitements. Notamment les ouvrages de Thich Nhat Hanh publiés dans une collection dirigée par Fabrice Midal, et particulièrement celui-ci.

Tôt le matin, je marchais d'un pas tranquille en prenant conscience du déroulé de mes pieds sur le trottoir. Sans le faire exprès, j'avais justement mis des chaussures qui me blessent la peau si je vais trop vite !
Et en passant devant des ouvriers municipaux, pas loin du square que j'aime traverser, l'un d'eux m'a interpellée :

 "Ça n'a pas l'air d'être la forme, Madame !".

Voilà ce qui arrive quand on décide de ne plus courir comme la plupart du temps. Elle est difficile la voie de la sagesse tranquille dans ce monde de bruit et d'agitation.

Mais je suis bien décidée à poursuivre ma révolte passive. Malgré tout.

vendredi 19 août 2016

Protège-mur

" Un élément ornant les intérieurs alsaciens et dont l'usage venait probablement d'Allemagne, était le Wandschoner "protège mur", morceau de tissu blanc brodé au fil rouge et au point de tige, destiné à protéger le papier peint des traces que pouvait laisser la tête d'une personne assise. Placé derrière le lit, du côté du mur, il souhaitait "Gute nacht ("Bonne nuit") aux propriétaires du lieu [...]."
Ils avaient aussi très souvent des thèmes religieux.


Le protège-mur présenté ici (qui appartient à la malle à trésors brodés de mon amie lorraine Nathalie), ne parle pas de doux sommeil mais au contraire, glorifie le labeur. Honte à ceux qui paressent un peu trop longtemps au lit !

J'aime mieux les maximes plus paisibles comme celle trouvée dans l'ouvrage L'Alsace brodée au point de tige (Francine Will-Zeil) :

Bonne nuit aux petits et grands, Dormez bien sans soucis (traduction approximative)

Ou les protèges-murs avec des anges gardiens veillant sur le sommeil.


Il se pourrait bien que je me lance dans un projet de ce type prochainement... Mais pas au point de tige. Je ne jure que par le point de croix !

vendredi 12 août 2016

Hélène dans un cadre

Premier marquoir entièrement composé par moi, je l'avais oublié au fond d'un tiroir.
Et pourtant, qu'est-ce qu'il rend bien encadré ! J'adore cette baguette qui se marie parfaitement avec la frise florale.

 
Et cet abécédaire avec des symboles chrétiens se plait avec le crucifix Napoléon III et le bénitier de de Notre Dame de Liesse.
J'ai bien envie d'inventer d'autres marquoirs d'autrefois... C'est plus compliqué que de suivre un diagramme tout prêt mais quel bonheur ensuite !
Surtout quand ces marquoirs racontent un peu une histoire oubliée. Ici, celle d'une personne qui a habité ma maison.


mercredi 10 août 2016

Retour d'aplasie

 Patio du service d'hématologie : quand enfin, on a le droit de sortir dans les couloirs !


Cette impression de revenir de loin, d’un drôle de monde clos avec les globules presque à zéro et le moral pas mieux.

Même si je savais que tout allait repartir (tôt ou tard), j’éprouvais une sorte de vertige à me sentir si faible, angoissée à l’idée de succomber à la moindre bactérie.

Tout ça parce qu’avant que les cellules souches de l’autogreffe fassent leur travail de restauration de la moelle osseuse (notre fabuleuse fabrique du sang) il me fallait survivre à la forte chimiothérapie subie deux jours avant.

Avant de planter de nouvelles graines, il est normal d’enlever d’abord les mauvaises herbes qui pourraient compromettre la récolte future. Et à l’hôpital, le «désherbant » utilisé ressemble plus à du Roundup qu’à du purin d’ortie bio. Il détruit tout. Même les abeilles.

Mon corps, mon cerveau semblent encore tiraillés entre les dégâts de la chimiothérapie et les réparations de l’autogreffe. Une sorte de lutte entre la vie et la mort où je me sens encore un peu chamboulée. Surtout qu’à l’hôpital, dans l’urgence de faire sortir les patients le plus vite possible d’aplasie, ils utilisent les grands moyens : transfusions de globules rouges, de plaquettes, injection de granocytes, pressions pour continuer à manger coûte que coûte. La lutte pour la vie ne peut pas se faire dans la dentelle. Je savais que cet acharnement était pour mon bien mais cela m’a un peu traumatisée.


Alors, je reprends tout doucement mon souffle. J’essaie d’oublier et parfois aussi de me rappeler, pour remercier dans le silence de mon cœur, ceux qui essaient de me sauver. Les chercheurs, les médecins, les infirmiers, les psychologues…

Et puis la vie m’envoie des signes. Des découvertes. Des émotions.

La voix de Bashung qui me happe littéralement. Alors qu’il se sait condamné, il semble habité par une incroyable sérénité. Cette énergie lumineuse, d’où vient-elle ?

Le témoignage du combat de Lydie sur France Culture (Les pieds sur terre) luttant durant 12 ans contre trois tumeurs au cerveau. En essayant de rester vivante, belle et joyeuse.

La découverte du livre de Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos, Journal d’un vampire en pyjama, relatant son aplasie médullaire. Son univers poétique, enfantin comme bouclier contre la maladie. Son expérience proche de la mienne mais en bien pire !

La rencontre d’autres malades avec d’autres cancers que le mien.

Toutes ces souffrances, tous ces courages qui m’aident à rester humble et à accepter de ne pas en avoir tout à fait fini avec la maladie...


Et d’essayer de vivre le mieux possible, sans me poser trop de questions.


Retour à plus de légèreté dès le prochain article...;-)



dimanche 3 juillet 2016

Autogreffe

Un texte écrit grâce à mes apprentissages avec docteur Marie Beaumont (CHU Amiens)

Dès à présent, je souhaite que le jour de mon autogreffe se passe comme je l’imagine…

Je me réveille caressée par la douce lumière d’un matin ensoleillé. Dehors, le ciel et bleu et je regarde passer des nuages comme des pensées vagabondes. J’entends l’agitation de l’hôpital depuis ma chambre solitaire dans laquelle je me sens comme dans un cocon protecteur. Dans mon intériorité.
Aujourd’hui, c’est le jour de mon autogreffe, le jour où tout redevient possible. J’ai hâte de boire ma tasse de Darjeeling, de parler avec les membres du personnel hospitalier qui, à tour de rôle, entrent en scène dans une sorte de ballet bien orchestré. Je suis pressée d’aller me laver, de me préparer alors au contraire, je ralentis la cadence pour vivre chacune de mes minutes sous la douche en pleine conscience. Energie de l’eau qui purifie, vivifie, dynamise, réconforte, caresse. J’abandonne mes habits de nuit pour un petit tee-shirt tout simple et une jupe légère et fleurie. Je suis contente de l’image que me renvoie le miroir embué : je suis reposée, pas trop rouge ou trop pâle et j’ai encore mes cheveux ! Un peu de fard sur les yeux, une brume de parfum citronné et me voici prête à attendre dans le silence de mes méditations, oraisons et prières.
 

J’allume dès à présent ma bougie magique à leds, cadeau de ma fille pour la fête des mères, et dispose mes compagnons d’autogreffe :
- Michane, le doudou lapin offert par mon mari pour me consoler lors du rash cutané sévère qui a remis en question mon premier protocole, au mois de mars. Il est réconfortant et je l’embrasse en pensant à l’homme qui m’accompagne du mieux qu’il peut dans ma maladie. Je sais les angoisses qu’il me cache et je lui envoie plein de lumière et de confiance pour cette journée particulière. A ma fille aussi. Et je remercie de les avoir à mes côtés.
- le bien nommé Otto (comme autogreffe), le gnome espiègle qui symbolise pour moi les forces souterraines de la nature où j’oublie si souvent de puiser mes racines. Une phrase de saint Bernard me traverse l’esprit, comme un mantra : « Tu trouveras bien plus dans les forêts que dans les livres ». Et c’est vrai, qu’en ce jour, je n’ai pas envie de chercher des réponses dans des textes. Tout est déjà là.
Sur le tableau blanc, je regarde les dessins de ma fille, surtout l’oiseau qu’elle m’a offert pour décorer ma chambre d’hôpital. Il me parle de vent, de plumes, de voyage dans les airs. Énergie du ciel, complémentaire de celle la terre célébrée par le gnome Otto.
Me voici là, humaine entre le ciel et la terre, à attendre la renaissance grâce à l’injection de mes propres cellules souches qui sommeillent depuis quatre ans dans je ne sais quelle chambre froide de laboratoire. Je les imagine comme des Belles au Bois dormant qui peu à peu vont se réchauffer et se réveiller dans mes veines et harmoniser mon corps tout entier. Je les aime, je les attends en me baignant de musique. Cordes vibrantes de la harpe jouée par mon professeur et ami Régis. J’écoute son album en boucle et je sais que le hasard (le nom de Dieu pour passer incognito) choisira la bonne musique au moment de l’autogreffe.
Les infirmières arrivent vers 11h et nous nous sourions. Je crois que pour elles aussi, c’est un moment émouvant. Je suis heureuse de me sentir accompagnée.

Je souhaite que ce jour se passe de cette manière pour trois raisons :

  • Pour que mon aplasie soit harmonieuse et sans peurs
  • Pour pouvoir sortir d’aplasie dans de bonnes conditions, avec confiance
  • Pour œuvrer à ma renaissance, aujourd’hui et demain…

Pour autant que cela serve mon chemin d’évolution !

A très vite, dès que mes globules l'auront décidé. Autogreffe programmée le 7 juillet. Il n'y a plus qu'à !


samedi 2 juillet 2016

Piwie s'envole


J'ai à peine eu le temps de comprendre que soudain, Piwie était un bel oiseau monté sur le toit des voisins, prêt à s'envoler vers de nouvelles aventures. 

Le matin, il était encore un oisillon hésitant faisant des allers et retours d'un bout à l'autre de ma cour, en rase-motte.

Le voici à la découverte du vaste monde mais je sais que ses parents veillent encore un peu sur lui. Il ne sait pas encore tout à fait se débrouiller tout seul.

 

Je suis contente qu'il ait pu se développer tranquillement à l'abri des chats, dans mon appentis, mais je comprends qu'il ait eu envie d'aller ailleurs.

 

 Moi-même si j'avais des ailes...