samedi 25 juin 2016

Le marquoir d'Anna Legendre, 1906


Soeur de Marie, née en 1896, un an après elle, Anna exécute également son marquoir l'année de ses 10 ans, en 1906.

Beaucoup plus simple que celui de sa soeur, il est brodé sur une toile à liseré, ce qui dispense de broder des frises pour finir l'ouvrage. Il est assez proche du modèle germanique.

Il débute par une frise de postes (ou vagues). Ce motif est parfois appelé chien assis.
Il ne comporte qu'un seul alphabet majuscules en lettres anglaises où il manque la lettre J.
Une série de chiffres de 1 à 9, suivi du zéro.
Un alphabet en minuscules anglaises où il manque la lettre J.
Une partie décorative avec un frise de 4 feuilles, une frise de 5 fleurs, un vase bouquet stylisé.
Le prénom et le nom de la brodeuse : Anna Legendre.
L'année de réalisation ; 1906.
Deux volutes dans les coins inférieurs.

Pas mal de maladresses, d'erreurs car, selon ma copine Nathalie, son ancêtre Anna n'était pas une passionnée des travaux d'aiguille. Je trouve cependant ce marquoir vivant, comme un dessin d'enfant. Le charme ne nait pas toujours de la perfection. A méditer...

Et une super idée d'encadrement par ma copine Nathalie qui a une âme de brocanteuse. Elle a trouvé cette vieille fenêtre sur un trottoir et malgré son poids, l'a sauvé de la benne à ordures. 
Un accord parfait !
 

dimanche 19 juin 2016

Pater familias


 Mon cher papa,


« Enfant,je me souviens… ». Le livre de l’Unicef que je t'ai offert et qui porte ce titre m’a donné l’idée d’évoquer des bribes d’autrefois.

Je ne sais pas pourquoi mais ce sont des souvenirs de voyage en voiture qui me sont revenus en premier. Quand la famille tout d’un coup se trouvait prisonnière dans l’habitacle encombré de la 304 puis (oh grand luxe !) de la R 18. C’était un huis clos souvent joyeux où j’étais la plus silencieuse et souvent pour me taquiner, tu faisais semblant de croire qu’on m’avait oubliée à la maison.

Te souviens-tu de l’arrivée en Provence quand tu nous faisais systématiquement écouter l’ouverture de l’Arlésienne de Bizet ? A force, cette musique me sortait un peu par les oreilles mais je dois bien avouer que mêlée au chant des cigales et à la lumière du midi, elle chantait le bonheur d’être bientôt arrivés à Saint-Roman-de-Malegarde.

Au retour, un autre rituel en chanson, comme souvent lorsque nous revenions de Lalaye. Te souviens-tu de la route sinueuse qui soudain surplombait la plaine d’Alsace, au détour d’un virage ? Quand il faisait beau, on avait l’impression de voir la mer et des petits bateaux blancs.

Alors tu entonnais :

« Quand j’entends le vent de la mer
Je pense aux caravelles »

J’avais beau savoir que c’était surréaliste, l’illusion d’optique était parfois saisissante. Adulte, il m’est arrivé de passer là-bas sans toi et de jeter un rapide coup d’œil sur cette mer imaginaire à la recherche de quelque caravelle ! Des fois que tu aies eu raison, guidé par tes rêves et tes musiques.

Merci pour ces beaux moments partagés, mon gentil papa. Ils restent éternels.

Une bonne fête à toi et à tous les papas !


jeudi 16 juin 2016

(Re)naissance

 La nature est extraordinaire. Alors qu'il était dénudé et mal en point, mon citronnier a décidé de faire de nouveaux bourgeons, et ce malgré un climat plutôt humide.
 Et pour la première fois, un couple de merles a décidé de nicher dans notre seringat. Un seul petit qui fait l'objet de toute leur attention (exactement comme nous avec notre fille !).

 Que de vivifiants présages qui me mènent tout doucement vers le temps des tilleuls odorants dont j'adore le parfum.
 Et après, il sera l'heure de mon autogreffe et de ma propre renaissance. 
J'y pense forcément en préparant mes affaires alors j'emmagasine les plus possible des moments simples et précieux. 
Leur souvenir m'aidera à tenir durant mon séjour en aplasie. 


mercredi 1 juin 2016

Comparaison ou compassion

Aidons-nous mutuellement,
La charge des malheurs en sera plus légère ;
Le bien que l'on fait à son frère
Pour le mal que l'on souffre est un soulagement.
[...]
L'aveugle et le paralytique, Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)



Se retrouver entre patients du myélome, c’est toujours un peu comme se retrouver entre membres d'un club privé. Nous avons notre langage d’initiés. « Vous avez combien de milligrammes de Velcade aujourd’hui ? ». « Vous n’avez pas trop de neuropathies ? ».
On se soutient, on s’écoute mais très vite, mon ego s’en mêle, s’emmêle et je ne peux m’empêcher de faire des comparaisons, voire de porter des jugements parfois. Ce monsieur qui fume comme un pompier a eu une rémission plus longue que la mienne. Oui, mais sa femme l’a quitté en 2010 à cause de sa maladie et physiquement, il souffre bien plus que moi. Finalement qui de nous deux a eu le plus de chance ? 
J’arrive mieux désormais à déjouer les pièges de mon ego qui, anxieux, pas sûr de lui, en rajoute pour me faire croire qu’il a réponse tout et me rassure faussement. Et peu à peu j’arrive à le faire taire pour me concentrer sur l’essentiel : me réjouir pour ceux qui vont bien, ont de bonnes réponses au traitement (finalement, c’est aussi une bonne nouvelle pour tous), sourire à ceux qui vont mal, les écouter avec compassion mais sans ramener leur détresse à la maison (ça s’est encore un peu dur pour moi). 
Et surtout ne pas ruminer sur cette maladie qui est notre compagne désormais, nous laisse tranquille un moment avant de se réveiller à nouveau, nous obligeant à recommencer le cycle des traitements, toujours aussi lourds pour l’instant. Mais tout est relatif.
Hier, dans la salle d’attente, une femme patientait avant sa chimiothérapie. Cancer généralisé d’après la description qu’elle me faisait de ce qu’elle avait subi, de ce qui l’attendait.
A côté de cela, nos autogreffes de malades du myélome ressemblent à une simple étape à passer. Dont j’essaie de ne pas trop parler devant ceux pour qui c’est encore l’inconnu. Et s’ils me posent des questions, j’essaie de mettre en avant, les côtés les moins durs de la période d’aplasie.

Tout finit toujours par passer… et demain est un autre jour.
Le nouveau CHU d'Amiens, hall d'accueil
Une photo du magnifique blog d'Annick que je découvre aujourd'hui, avec plein de très belles autres photographies d'Amiens.

mardi 24 mai 2016

Rouge tradition

C'est un motif symétrique trouvé dans l'ouvrage de Laurence Roque et Françoise Clozel, le Rouge traditionnel au point de croix (2001). Inspiré des broderies traditionnelles d'Alsace et du nord de l'Europe. J'ai remplacé des chiens qui se trouvaient en dessous des oiseaux par les initiales de la personne à qui j'ai offert ce petit coussinet. 

Cela m'a amusé de broder les lettres F F tête bêche, un peu comme sur un blason. Les oiseaux se regardent comme dans un miroir et les lettres se tournent le dos...

J'ai utilisé le DMC 498 (que j'aime beaucoup) sur un lin et doublure en kelsch Gander.

mercredi 18 mai 2016

Le marquoir de Marie Legendre, Metz, 1905

Je poursuis la présentation des reliques familiales de mon amie Nathalie.

Marie Legendre est une des sœurs de son grand-père paternel, riche paysan lorrain.

Née en 1895, Marie était sourde à la suite d'une maladie et avait été instruite dans une école spécialisée à Metz. Elle semble y avoir bénéficié d'un enseignement des travaux d'aiguille de qualité et avoir été une petite fille très soigneuse et appliquée. Comme en témoignent ces pièces brodées sur lin.

Un premier échantillon ni signé, ni daté : l'apprentissage de la régularité et du point de croix.
Exercice de frises sans doute réalisé par Marie, avant de faire son abécédaire ? Il y a en effet une certaine similitude entre les deux broderies : les frises un peu "grasses" rappellent les festons et les vagues de son marquoir (mises en valeur par l'utilisation d'un fil plus épais ou d'un point spécial, j'ai du mal à me rendre compte n'ayant pas vu l’œuvre en vrai).

La petite Marie réalise son marquoir l'année de ses 10 ans, en 1905. Ne pas oublier qu'à cette époque là, la Moselle est allemande !

 
1er registre : alphabet gothique, terminé par un point. Les lettres I et Y manquent. Date 1905.

Frise de grecques.

2e registre : alphabet majuscule droit, ancre, alphabet minuscule droit, terminé par un point. Toutes les lettres de l'alphabet sont présentes. Chiffres 1 à 9 et présence du zéro suivi d'un point. Petite frise feuillagée.

Frise épaisse de postes ou vagues, entre deux lignes.

3e registre : Prénom et Nom de la brodeuse, suivis d'un point : Marie Legendre. Lieu réalisation, suivi d'un point : Metz (utilisation de l'alphabet du 2e registre). Petite frise de postes.

Belle frise de festons.

4e registre : dernier alphabet en majuscules anglaises. Il manque les lettres I et R. Prénom et Nom de la brodeuse en lettres anglaises.

L'ouvrage est terminé par une double frise (un simple tour de croix continues et des lignes dentelées en haut et en bas, géométriques à droite et à gauche).

Étant donné la régularité de l'ouvrage, je pense que Marie était très encadrée dans la composition de son abécédaire. La seule "approximation" constatée concerne la grosse frise de festons commencée un peu trop bas : Marie a un peu manqué de place ensuite pour son troisième alphabet.
 
A noter également que l'absence de certaines lettres est fréquente dans les marquoirs.
 
Cet abécédaire ne suit pas vraiment le modèle habituel de l'école allemande et est en cela un témoignage très intéressant. Son autre particularité est la variation du rendu (avec des parties plus ou moins grasses).

vendredi 13 mai 2016

Cathédrale vegétale

Marie-Christine qui vient de créer son nouveau blog, Passion de fils, m'a gentiment dédié un article qui concerne la cathédrale de Strasbourg. J'ai étudié et travaillé dans cette ville jusqu'en 1999 et c'est vrai que j'aime beaucoup le quartier cathédral. Un peu moins l'ambiance à l'intérieur de cet édifice gothique que je trouve trop sombre à mon goût. 
Je préfère la douce lumière de la cathédrale d'Amiens. Là où j'habite désormais.

Ma vie urbaine ne me permettant pas toujours de me rendre dans un bois pour me ressourcer,  je vais souvent à la cathédrale. Je déambule dans la nef et la verticalité des colonnes me rappelle celle des arbres. La fraîcheur de la pierre me fait penser à celle des sous-bois. Et il suffit de regarder les sculptures un peu partout pour découvrir tout un monde végétal.

Voici quelques détails des portails, à l'extérieur.



  


Et à l'intérieur, j'aime lever les yeux très haut vers la magnifique frise qui court tout le long de la cathédrale sous le triforium aveugle, hommage du Moyen Age à la richesse agricole de la cité qui permit le financement de cet édifice sublime.