dimanche 3 juillet 2016

Autogreffe

Un texte écrit grâce à mes apprentissages avec docteur Marie Beaumont (CHU Amiens)

Dès à présent, je souhaite que le jour de mon autogreffe se passe comme je l’imagine…

Je me réveille caressée par la douce lumière d’un matin ensoleillé. Dehors, le ciel et bleu et je regarde passer des nuages comme des pensées vagabondes. J’entends l’agitation de l’hôpital depuis ma chambre solitaire dans laquelle je me sens comme dans un cocon protecteur. Dans mon intériorité.
Aujourd’hui, c’est le jour de mon autogreffe, le jour où tout redevient possible. J’ai hâte de boire ma tasse de Darjeeling, de parler avec les membres du personnel hospitalier qui, à tour de rôle, entrent en scène dans une sorte de ballet bien orchestré. Je suis pressée d’aller me laver, de me préparer alors au contraire, je ralentis la cadence pour vivre chacune de mes minutes sous la douche en pleine conscience. Energie de l’eau qui purifie, vivifie, dynamise, réconforte, caresse. J’abandonne mes habits de nuit pour un petit tee-shirt tout simple et une jupe légère et fleurie. Je suis contente de l’image que me renvoie le miroir embué : je suis reposée, pas trop rouge ou trop pâle et j’ai encore mes cheveux ! Un peu de fard sur les yeux, une brume de parfum citronné et me voici prête à attendre dans le silence de mes méditations, oraisons et prières.
 

J’allume dès à présent ma bougie magique à leds, cadeau de ma fille pour la fête des mères, et dispose mes compagnons d’autogreffe :
- Michane, le doudou lapin offert par mon mari pour me consoler lors du rash cutané sévère qui a remis en question mon premier protocole, au mois de mars. Il est réconfortant et je l’embrasse en pensant à l’homme qui m’accompagne du mieux qu’il peut dans ma maladie. Je sais les angoisses qu’il me cache et je lui envoie plein de lumière et de confiance pour cette journée particulière. A ma fille aussi. Et je remercie de les avoir à mes côtés.
- le bien nommé Otto (comme autogreffe), le gnome espiègle qui symbolise pour moi les forces souterraines de la nature où j’oublie si souvent de puiser mes racines. Une phrase de saint Bernard me traverse l’esprit, comme un mantra : « Tu trouveras bien plus dans les forêts que dans les livres ». Et c’est vrai, qu’en ce jour, je n’ai pas envie de chercher des réponses dans des textes. Tout est déjà là.
Sur le tableau blanc, je regarde les dessins de ma fille, surtout l’oiseau qu’elle m’a offert pour décorer ma chambre d’hôpital. Il me parle de vent, de plumes, de voyage dans les airs. Énergie du ciel, complémentaire de celle la terre célébrée par le gnome Otto.
Me voici là, humaine entre le ciel et la terre, à attendre la renaissance grâce à l’injection de mes propres cellules souches qui sommeillent depuis quatre ans dans je ne sais quelle chambre froide de laboratoire. Je les imagine comme des Belles au Bois dormant qui peu à peu vont se réchauffer et se réveiller dans mes veines et harmoniser mon corps tout entier. Je les aime, je les attends en me baignant de musique. Cordes vibrantes de la harpe jouée par mon professeur et ami Régis. J’écoute son album en boucle et je sais que le hasard (le nom de Dieu pour passer incognito) choisira la bonne musique au moment de l’autogreffe.
Les infirmières arrivent vers 11h et nous nous sourions. Je crois que pour elles aussi, c’est un moment émouvant. Je suis heureuse de me sentir accompagnée.

Je souhaite que ce jour se passe de cette manière pour trois raisons :

  • Pour que mon aplasie soit harmonieuse et sans peurs
  • Pour pouvoir sortir d’aplasie dans de bonnes conditions, avec confiance
  • Pour œuvrer à ma renaissance, aujourd’hui et demain…

Pour autant que cela serve mon chemin d’évolution !

A très vite, dès que mes globules l'auront décidé. Autogreffe programmée le 7 juillet. Il n'y a plus qu'à !


samedi 2 juillet 2016

Piwie s'envole


J'ai à peine eu le temps de comprendre que soudain, Piwie était un bel oiseau monté sur le toit des voisins, prêt à s'envoler vers de nouvelles aventures. 

Le matin, il était encore un oisillon hésitant faisant des allers et retours d'un bout à l'autre de ma cour, en rase-motte.

Le voici à la découverte du vaste monde mais je sais que ses parents veillent encore un peu sur lui. Il ne sait pas encore tout à fait se débrouiller tout seul.

 

Je suis contente qu'il ait pu se développer tranquillement à l'abri des chats, dans mon appentis, mais je comprends qu'il ait eu envie d'aller ailleurs.

 

 Moi-même si j'avais des ailes...

 



vendredi 1 juillet 2016

Les mots brodés, version PDF


Collection personnelle Nathalie Legendre


Un peu de lecture pour l'été ?

Je vous avais promis un accès plus facile à mes six nouvelles mettant en scène des brodeuses et rassemblés dans un recueil intitulé "Les mots brodés", écrites de 2007 à 2010 :
  • Le fil d'Ariane
  • Le temps d'une ronde
  • Ad libitum
  • L'héritage
  • La marque du temps
  • Les amis retrouvés
Toutes les explications sur mes textes ou nouvelles peuvent être retrouvées dans la rubrique "Salon littéraire". Je pense réunir d'ici cet automne, un certain nombre d'autres textes de cette rubrique pour une lecture plus aisée. 

=> Pour lire le fichier cliquer sur le lien suivant :

Attention ! Il est nécessaire d'avoir un compte Google pour accéder au fichier stocké dans Google Drive. Si vous ne voulez pas en créer un, je peux vous envoyer le fichier par mail. Mettez moi vos coordonnées dans les commentaires. 


lundi 27 juin 2016

Piwie, bébé merle

Il a grandi dans son nid alors qu'il pleuvait et ne faisait pas très chaud. Puis, comme tous les petits merles, est sorti de son lit douillet avant de savoir voler. Un peu perdu d'abord, trempé de pluie, il a fini par adopter notre appentis. 
 
Comme une poule dans son poulailler, il attend la becquée de ses parents, bien sagement sur son échelle.
 
Le soir, il essaie d'aller plus loin et teste, maladroit, la force de ses ailes.

Un jour, je l'espère, il sera un fier merle au chant vibrant et enchanteur sifflant le lever du soleil ou la venue du soir...





samedi 25 juin 2016

Le marquoir d'Anna Legendre, 1906


Soeur de Marie, née en 1896, un an après elle, Anna exécute également son marquoir l'année de ses 10 ans, en 1906.

Beaucoup plus simple que celui de sa soeur, il est brodé sur une toile à liseré, ce qui dispense de broder des frises pour finir l'ouvrage. Il est assez proche du modèle germanique.

Il débute par une frise de postes (ou vagues). Ce motif est parfois appelé chien assis.
Il ne comporte qu'un seul alphabet majuscules en lettres anglaises où il manque la lettre J.
Une série de chiffres de 1 à 9, suivi du zéro.
Un alphabet en minuscules anglaises où il manque la lettre J.
Une partie décorative avec un frise de 4 feuilles, une frise de 5 fleurs, un vase bouquet stylisé.
Le prénom et le nom de la brodeuse : Anna Legendre.
L'année de réalisation ; 1906.
Deux volutes dans les coins inférieurs.

Pas mal de maladresses, d'erreurs car, selon ma copine Nathalie, son ancêtre Anna n'était pas une passionnée des travaux d'aiguille. Je trouve cependant ce marquoir vivant, comme un dessin d'enfant. Le charme ne nait pas toujours de la perfection. A méditer...

Et une super idée d'encadrement par ma copine Nathalie qui a une âme de brocanteuse. Elle a trouvé cette vieille fenêtre sur un trottoir et malgré son poids, l'a sauvé de la benne à ordures. 
Un accord parfait !
 

dimanche 19 juin 2016

Pater familias


 Mon cher papa,


« Enfant,je me souviens… ». Le livre de l’Unicef que je t'ai offert et qui porte ce titre m’a donné l’idée d’évoquer des bribes d’autrefois.

Je ne sais pas pourquoi mais ce sont des souvenirs de voyage en voiture qui me sont revenus en premier. Quand la famille tout d’un coup se trouvait prisonnière dans l’habitacle encombré de la 304 puis (oh grand luxe !) de la R 18. C’était un huis clos souvent joyeux où j’étais la plus silencieuse et souvent pour me taquiner, tu faisais semblant de croire qu’on m’avait oubliée à la maison.

Te souviens-tu de l’arrivée en Provence quand tu nous faisais systématiquement écouter l’ouverture de l’Arlésienne de Bizet ? A force, cette musique me sortait un peu par les oreilles mais je dois bien avouer que mêlée au chant des cigales et à la lumière du midi, elle chantait le bonheur d’être bientôt arrivés à Saint-Roman-de-Malegarde.

Au retour, un autre rituel en chanson, comme souvent lorsque nous revenions de Lalaye. Te souviens-tu de la route sinueuse qui soudain surplombait la plaine d’Alsace, au détour d’un virage ? Quand il faisait beau, on avait l’impression de voir la mer et des petits bateaux blancs.

Alors tu entonnais :

« Quand j’entends le vent de la mer
Je pense aux caravelles »

J’avais beau savoir que c’était surréaliste, l’illusion d’optique était parfois saisissante. Adulte, il m’est arrivé de passer là-bas sans toi et de jeter un rapide coup d’œil sur cette mer imaginaire à la recherche de quelque caravelle ! Des fois que tu aies eu raison, guidé par tes rêves et tes musiques.

Merci pour ces beaux moments partagés, mon gentil papa. Ils restent éternels.

Une bonne fête à toi et à tous les papas !


jeudi 16 juin 2016

(Re)naissance

 La nature est extraordinaire. Alors qu'il était dénudé et mal en point, mon citronnier a décidé de faire de nouveaux bourgeons, et ce malgré un climat plutôt humide.
 Et pour la première fois, un couple de merles a décidé de nicher dans notre seringat. Un seul petit qui fait l'objet de toute leur attention (exactement comme nous avec notre fille !).

 Que de vivifiants présages qui me mènent tout doucement vers le temps des tilleuls odorants dont j'adore le parfum.
 Et après, il sera l'heure de mon autogreffe et de ma propre renaissance. 
J'y pense forcément en préparant mes affaires alors j'emmagasine les plus possible des moments simples et précieux. 
Leur souvenir m'aidera à tenir durant mon séjour en aplasie. 


mercredi 1 juin 2016

Comparaison ou compassion

Aidons-nous mutuellement,
La charge des malheurs en sera plus légère ;
Le bien que l'on fait à son frère
Pour le mal que l'on souffre est un soulagement.
[...]
L'aveugle et le paralytique, Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)



Se retrouver entre patients du myélome, c’est toujours un peu comme se retrouver entre membres d'un club privé. Nous avons notre langage d’initiés. « Vous avez combien de milligrammes de Velcade aujourd’hui ? ». « Vous n’avez pas trop de neuropathies ? ».
On se soutient, on s’écoute mais très vite, mon ego s’en mêle, s’emmêle et je ne peux m’empêcher de faire des comparaisons, voire de porter des jugements parfois. Ce monsieur qui fume comme un pompier a eu une rémission plus longue que la mienne. Oui, mais sa femme l’a quitté en 2010 à cause de sa maladie et physiquement, il souffre bien plus que moi. Finalement qui de nous deux a eu le plus de chance ? 
J’arrive mieux désormais à déjouer les pièges de mon ego qui, anxieux, pas sûr de lui, en rajoute pour me faire croire qu’il a réponse tout et me rassure faussement. Et peu à peu j’arrive à le faire taire pour me concentrer sur l’essentiel : me réjouir pour ceux qui vont bien, ont de bonnes réponses au traitement (finalement, c’est aussi une bonne nouvelle pour tous), sourire à ceux qui vont mal, les écouter avec compassion mais sans ramener leur détresse à la maison (ça s’est encore un peu dur pour moi). 
Et surtout ne pas ruminer sur cette maladie qui est notre compagne désormais, nous laisse tranquille un moment avant de se réveiller à nouveau, nous obligeant à recommencer le cycle des traitements, toujours aussi lourds pour l’instant. Mais tout est relatif.
Hier, dans la salle d’attente, une femme patientait avant sa chimiothérapie. Cancer généralisé d’après la description qu’elle me faisait de ce qu’elle avait subi, de ce qui l’attendait.
A côté de cela, nos autogreffes de malades du myélome ressemblent à une simple étape à passer. Dont j’essaie de ne pas trop parler devant ceux pour qui c’est encore l’inconnu. Et s’ils me posent des questions, j’essaie de mettre en avant, les côtés les moins durs de la période d’aplasie.

Tout finit toujours par passer… et demain est un autre jour.
Le nouveau CHU d'Amiens, hall d'accueil
Une photo du magnifique blog d'Annick que je découvre aujourd'hui, avec plein de très belles autres photographies d'Amiens.

mardi 24 mai 2016

Rouge tradition

C'est un motif symétrique trouvé dans l'ouvrage de Laurence Roque et Françoise Clozel, le Rouge traditionnel au point de croix (2001). Inspiré des broderies traditionnelles d'Alsace et du nord de l'Europe. J'ai remplacé des chiens qui se trouvaient en dessous des oiseaux par les initiales de la personne à qui j'ai offert ce petit coussinet. 

Cela m'a amusé de broder les lettres F F tête bêche, un peu comme sur un blason. Les oiseaux se regardent comme dans un miroir et les lettres se tournent le dos...

J'ai utilisé le DMC 498 (que j'aime beaucoup) sur un lin et doublure en kelsch Gander.

mercredi 18 mai 2016

Le marquoir de Marie Legendre, Metz, 1905

Je poursuis la présentation des reliques familiales de mon amie Nathalie.

Marie Legendre est une des sœurs de son grand-père paternel, riche paysan lorrain.

Née en 1895, Marie était sourde à la suite d'une maladie et avait été instruite dans une école spécialisée à Metz. Elle semble y avoir bénéficié d'un enseignement des travaux d'aiguille de qualité et avoir été une petite fille très soigneuse et appliquée. Comme en témoignent ces pièces brodées sur lin.

Un premier échantillon ni signé, ni daté : l'apprentissage de la régularité et du point de croix.
Exercice de frises sans doute réalisé par Marie, avant de faire son abécédaire ? Il y a en effet une certaine similitude entre les deux broderies : les frises un peu "grasses" rappellent les festons et les vagues de son marquoir (mises en valeur par l'utilisation d'un fil plus épais ou d'un point spécial, j'ai du mal à me rendre compte n'ayant pas vu l’œuvre en vrai).

La petite Marie réalise son marquoir l'année de ses 10 ans, en 1905. Ne pas oublier qu'à cette époque là, la Moselle est allemande !

 
1er registre : alphabet gothique, terminé par un point. Les lettres I et Y manquent. Date 1905.

Frise de grecques.

2e registre : alphabet majuscule droit, ancre, alphabet minuscule droit, terminé par un point. Toutes les lettres de l'alphabet sont présentes. Chiffres 1 à 9 et présence du zéro suivi d'un point. Petite frise feuillagée.

Frise épaisse de postes ou vagues, entre deux lignes.

3e registre : Prénom et Nom de la brodeuse, suivis d'un point : Marie Legendre. Lieu réalisation, suivi d'un point : Metz (utilisation de l'alphabet du 2e registre). Petite frise de postes.

Belle frise de festons.

4e registre : dernier alphabet en majuscules anglaises. Il manque les lettres I et R. Prénom et Nom de la brodeuse en lettres anglaises.

L'ouvrage est terminé par une double frise (un simple tour de croix continues et des lignes dentelées en haut et en bas, géométriques à droite et à gauche).

Étant donné la régularité de l'ouvrage, je pense que Marie était très encadrée dans la composition de son abécédaire. La seule "approximation" constatée concerne la grosse frise de festons commencée un peu trop bas : Marie a un peu manqué de place ensuite pour son troisième alphabet.
 
A noter également que l'absence de certaines lettres est fréquente dans les marquoirs.
 
Cet abécédaire ne suit pas vraiment le modèle habituel de l'école allemande et est en cela un témoignage très intéressant. Son autre particularité est la variation du rendu (avec des parties plus ou moins grasses).

vendredi 13 mai 2016

Cathédrale vegétale

Marie-Christine qui vient de créer son nouveau blog, Passion de fils, m'a gentiment dédié un article qui concerne la cathédrale de Strasbourg. J'ai étudié et travaillé dans cette ville jusqu'en 1999 et c'est vrai que j'aime beaucoup le quartier cathédral. Un peu moins l'ambiance à l'intérieur de cet édifice gothique que je trouve trop sombre à mon goût. 
Je préfère la douce lumière de la cathédrale d'Amiens. Là où j'habite désormais.

Ma vie urbaine ne me permettant pas toujours de me rendre dans un bois pour me ressourcer,  je vais souvent à la cathédrale. Je déambule dans la nef et la verticalité des colonnes me rappelle celle des arbres. La fraîcheur de la pierre me fait penser à celle des sous-bois. Et il suffit de regarder les sculptures un peu partout pour découvrir tout un monde végétal.

Voici quelques détails des portails, à l'extérieur.



  


Et à l'intérieur, j'aime lever les yeux très haut vers la magnifique frise qui court tout le long de la cathédrale sous le triforium aveugle, hommage du Moyen Age à la richesse agricole de la cité qui permit le financement de cet édifice sublime.






samedi 7 mai 2016

Humour et beauté

Je n'aime pas parler de bataille contre la maladie. Je sais que c'est pourtant un peu ce qui se passe à l'intérieur de mon corps quand la chimiothérapie attaque mes cellules mais je préfère parler de nettoyage, de purification, de régulation, de retour à l'harmonie. Les traitements sont déjà assez violents, pas la peine d'en rajouter avec du vocabulaire guerrier.
Et quand je le peux, j'essaie d'avoir de l'humour. Cela m'aide à faire passer beaucoup de choses.
Le premier protocole que j'ai suivi (et que j'ai été obligé d'arrêter car je ne le supportais pas), était un peu lourd alors pour me donner du courage, j'ai dessiné les boîtes de médicaments, les gélules, les comprimés, les piqures et rajouté des petites décorations...
 Et quand l'hématologue m'a annoncé que j'aurais peut-être une auto-greffe en septembre, je me suis fait plaisir en m'achetant ce gnome que j'avais repéré depuis longtemps. Et que l'ai baptisé Otto (comme auto-greffe !). Je l'aime bien avec son bouquet de violettes et son franc sourire. Il me donne un sacré coup de pouce les jours d'angoisse. Il a beau n'être qu'une figurine en résine (sans doute fabriquée en Chine), il m'évoque des tas de souvenirs... La maison des nains dans le village de ma grand-mère (une maison avec une toute petite porte dont la légende familiale racontait qu'elle était habitée par des nains qui creusaient les carrières à côté). Mon maître de musique qui parlait aux gnomes pour trouver des trèfles à 4 feuilles.
Et j'essaie le plus possible de me ressourcer dans la nature. Rien n'est plus reposant que de se laisser imprégner par toutes ces nuances de vert.
Quand je ne peux pas me rendre dans un bois ou une forêt, je descends une station avant l'hôpital afin d'emprunter ce petit chemin bordé d'arbres. Et au lieu de marcher sur le bitume, je profite du moelleux de la terre. 
Arrivée à l'hôpital, j'admire les plantes qu'ils laissent pousser aux abords de l'entrée. Un grand merci aux jardiniers qui rendent l'hôpital plus accueillant et moins minéral.


samedi 30 avril 2016

Le marquoir de Catherine Jacquemin, 1851


Une amie de longue date m'a autorisé à publier certaines pièces remarquables brodées par quelques femmes de sa famille en Lorraine. Comme j'aurais aimé avoir un pareil héritage !

Voici son marquoir le plus ancien, environ 55 cm/55 cm, réalisé en laine sur canevas par son arrière arrière grand-mère du côté paternel, Catherine Jacquemin, née en 1831. Il est signé C. Jacquemin et semble être daté 1851 ou 1861 (?). Il correspond bien à la description d'un marquoir du Second Empire, avec ses frises fleuries et ses motifs foisonnants et l'intégration de modèles de tapisserie. Il ne possède aucun alphabet.
Il s'organise autour d'un axe central. Les motifs sont placés de part et d'autre de la croix (sorte de paysage de calvaire) mais surtout du médaillon central tenu par deux anges. Les motifs ne sont pas strictement symétriques, en miroir, et peuvent légèrement différer. Des frises végétales discontinues terminent l'ouvrage sur trois côtés (sur deux rangs, dans la partie supérieure), tandis que dans le bas, une toute petite frise géométrique souligne le registre inférieur, assez différent, un peu moins marqué par l'axe central.


 

Croix sur laquelle repose une couronne. Thème fréquent des marquoirs.


 

A gauche de la croix : couronnes fleuris, oiseaux, roses et frises florales variées. Notre brodeuse propose ici un véritable échantillon de frises florales. Elle brode quelques fleurs et en choisit d'autres, car rien n'est plus ennuyeux qu'une grande frise monotone à réaliser !

 

A droite de la croix : on retrouve les mêmes éléments mais qui diffèrent un peu. J'aime que ce ne soit pas une répétition symétrique exacte des motifs de gauche. Il y a même une couronne (celle avec les fleurs bleues) qui est inversée mais dans l'autre sens ! Tout cela est extrêmement vivant.

 

Au centre de la composition, je pense qu'il s'agit d'un calice sur son piédestal, par analogie avec d'autres marquoirs car ce motif n'est pas particulièrement lisible. Et les anges ressemblent à des insectes ! En fait, curieusement, le marquoir est uniquement brodé au demi point comme une tapisserie. C'est la première fois que je vois cela. Je sais qu'il existe des pièces avec du point de croix et des demi-points pour les motifs plus "réalistes". C'est surtout quand les points sont isolés que cela fait bizarre. Le nom semble comme hachuré !

De part et d'autre du nom, des éléments évoquent peut-être aussi le thème de la Passion (cop de saint Pierre, échelle des instruments de la Passion, bouteille de vinaigre ?) ou ne sont peut-être que de simples motifs pour remplir la toile, au gré des envies de la brodeuse. Comme les opulentes corbeilles de fruits, la frise de grecques...

 

Si les deux tiers du canevas sont occupés par des symboles religieux magnifiés par des fleurs (de Paradis ?), le tiers inférieur s'anime de présences humaine et animales et  semble s'inspirer d'autres modèles. Il y a une sorte de rupture par rapport au reste de la composition, même si un cœur sacré de Jésus marque encore l'axe central et rappelle le thème du sacré. Nous sommes là dans un registre profane évoquant la vie terrestre.

A droite, un paysan et son âne, ou un chasseur ? Une écrevisse géante !, un pommier, un papillon.  Au centre : Sacré cœur entouré de la couronne d'épines, cerf. A gauche, des lapins et un beau chêne.


















J'adore particulièrement cette écrevisse aussi grande que le chêne. Catherine Pouchelon possède un marquoir flamand de 1814, avec un homard. Rien n'est étonnant au pays des marquoirs. On a l'impression de se promener dans un monde onirique, né des rêveries de la brodeuse au fil de son ouvrage.



Merci Nat pour les photos et pour m'avoir autorisée à partager ce trésor de fantaisie, entièrement au demi point qui en fait, pour moi, une énigme et une rareté.