mardi 29 septembre 2009

Dimanche 4 octobre

Et oui, c'est déjà dimanche la prochaine pleine lune et je n'ai toujours pas donné mes instructions pour ce mois-ci.
Je suis un peu absente en ce moment... Quelques tracas, des projets écriture, des broderies nouvelles et un peu secrètes, d'autres occupations (musique, stretching...) et hop ! je "déblogue" un peu.
Je suis même trop paresseuse pour mettre une photo !

Justement, le 4 octobre, il sera question de photos. J'ai besoin d'illustrer un article sur le SAL Fil en poussière (qui paraîtra dans la prochaine revue du Marquoir) avec de belles images de vos récoltes.
Il ne s'agit pas d'un concours de la plus belle photo mais j'espère que vous serez inventives.
Et surtout, précisez-moi si vous donnez votre accord pour sa publication dans une revue ou si vous êtes contre.
Je ne sais pas encore si je vais procèder à un tirage au sort ou choisir mes préférés !
Ce serait fantastique de pouvoir mettre tout le monde mais cela risque de faire un peu désordre dans Le Marquoir, tous ces bouts de fils :-)

lundi 21 septembre 2009

L'héritage

Les mots brodés
# 4


Le projet d’écrire des nouvelles a germé au hasard de mes promenades sur internet. Une brodeuse (Véro M en l'occurence) déplorait qu’il n’existait pas un équivalent français aux romans populaires américains mettant en scène des quilteuses ou des tricoteuses (Jennifer Chiaverini, Debbie Macomber).
Pour m’amuser, je me suis dit : pourquoi ne pas essayer d‘imaginer des histoires simples de brodeuses ?
Une première nouvelle est née, suivie de quelques autres. Dans chacun de ces récits disparates, on retrouve la mercière Béatrice, le personnage principale du « Fil d’Ariane ».
L’écheveau n’est pas encore tout à fait déroulé : d’autres nouvelles viendront sans doute compléter la série.



Cette nouvelle est dédiée à Laurence S.


Je ne l’avais pas vraiment connu, Jeanne, la sœur de ma mère. Quand j’étais petite, elle venait souvent passer le réveillon de Noël chez nous. Elle était comptable, célibataire et sa vie n’avait rien de palpitant. Du moins en apparence. Elle parlait peu d’elle et les repas de famille étaient surtout animés par nos rires et chamailleries d’enfants. Grisés par la joie d’être réunis autour d’une bonne table, les adultes finissaient par nous ressembler. Leurs soucis personnels étaient mis entre parenthèse.
A dix huit ans, j’étais partie faire mes études à Paris et j’y étais restée. Premier travail, premier amour… tout ce qui fait qu’on s’installe à un endroit plutôt qu’à un autre. Cela devait faire au moins trois ans que je n’avais pas revu tante Jeanne. L’annonce de son décès me sembla d’abord irréelle. Quel âge avait-t-elle déjà ? Le temps avait-il passé si vite ? Il est vrai que l’on peut mourir à tout âge et sans forcément être malade. Jeanne était morte dans son sommeil, d’une probable rupture d’anévrisme. Madame Dumont l’avait trouvé en arrivant le matin. Depuis son opération de la hanche, elle avait une femme de ménage qui venait chaque jour s’occuper de la maison, des courses, de la cuisine. Je regrettais de ne pas lui avoir plus souvent envoyé une petite carte postale lors de mes voyages. Regrets faciles et inutiles.
Ma mère semblait désemparée par ce décès brutal. Jeanne était l’aînée, celle qui donnait toujours des conseils raisonnables, ne perdait jamais son sang froid alors que ma mère était une angoissée qui se noyait dans une goutte d’eau. Qu’allait-elle faire de l’héritage laissé par sa sœur et surtout de toutes ses affaires personnelles ? Vendre la maison et les meubles serait facile mais il fallait trier ou jeter le reste, pénétrer dans l’intimité d’une femme et peut-être dans ses secrets. Elle n’avait pas le courage de le faire toute seule mais ne voulait pas d’une aide masculine. Il est vrai que je ne voyais guère mon père ou mes frères se charger d’une telle tâche !
J’avais décidé de prendre une semaine de congé pour aider ma mère. Je voulais qu’elle sache que malgré la distance, elle pouvait compter sur sa fille. Dans le TGV qui me menait à toute vitesse à la rencontre d’une vie disparue, je me sentais comme une archéologue en route vers un nouveau chantier de fouille. Je regrettais d’avoir mis ma broderie au fond de ma valise car trop de pensées perturbaient ma lecture. Quelques petits points sur la toile auraient certainement calmés mon agitation.

Assise dans le fauteuil Régence qui avait toujours été mon préféré pour broder, je terminais un abécédaire après une journée de rangement dans la maison de ma tante. En trois jours, nous avions déjà vidé la cuisine, la salle de bains et fait du tri dans les vêtements et le linge. Jeanne conservait de très beaux draps brodés à ses initiales. Trousseau qui n’avait pas beaucoup servi et qu’elle avait peut-être brodé elle-même… J’ignorais si ma tante Jeanne savait tirer l’aiguille. Demain, j’explorerais ses tiroirs, à la recherche d’écheveaux, de ciseaux dorés. Il devait bien y avoir au moins quelques vieilles bobines de fils en bois patiné. Voilà qui me motiverait davantage que la vaisselle ébréchée ou les tubes d’aspirine périmées.

J’en étais sûre ! Dans une commode acajou parfumée à la cire d’abeille et à l’essence de lavande, des articles de mercerie m’attendaient. Le tiroir du bas renfermait un fouillis de rubans, dentelles et passementeries. Celui du haut, des revues très anciennes de broderie, et même quelques livrets Sajou et Alexandre inestimables qu’elle tenait peut-être de ma grand-mère. Un vieux marquoir rouge anonyme daté de 1921, coincé entre deux magasines, avait sans doute été brodé par elle. Ma mère, indifférente aux travaux d’aiguille, accordait peu d’importance à ces reliques et ne se souvenait pas vraiment. Nappes envahies de fleurs colorées, serviettes animées de papillons, complétaient la collection. Un monogramme J.V. au graphisme géométrique signait chacune de ces pièces. Ma tante avait-elle continué à s’adonner à la broderie ? Rien dans son intérieur, n’attestait une passion quelconque. Le décor était impersonnel, les coussins usés et tristes, sans fantaisie. Peu de livres ou de cadres, à part ceux que nous lui avions offerts. Et pourtant, le tiroir du milieu prouvait que ma tante brodait toujours. Des fils DMC bien rangés sur leur archet, quelques toiles de lin, et un nombre important de petits kits attendaient leur heure. Un ouvrage presque terminé reposait dans un panier en osier, en compagnie d’une très jolie pochette à ciseaux et à fils. Il me semblait reconnaître un petit Tournicoton. Mais pour qui brodait-elle ces grilles à la mode ? Des créateurs comme La Sylphide Toquée ou Tralala cadraient si peu avec l’image que je me faisais de ma tante.

- Elle devait sans doute offrir des broderies comme cadeau de naissance, d’où le côté enfantin des modèles, suggéra ma mère.
- Oui, tu as peut-être raison. Il y a aussi une grille de mariage. Elle avait peut-être d’anciens collègues dont les enfants étaient en âge de se marier.
- A moins qu’elle ne l’ait acheté en prévision de ton mariage !
C’était la taquinerie préférée de ma mère qui mine de rien, aurait bien vu sa fille de blanc vêtue. Ma tante avait peut-être le même désir secret.
- Trêve de plaisanterie, répondis-je. Penses-tu qu’elle connaissait autant de gens ayant des bébés ? Elle semblait tellement solitaire.

J’étais à cours de DMC 498 pour terminer mon abécédaire et décidais de me rendre dans l’unique mercerie de la ville. J’étais curieuse de rencontrer la femme qui tenait cette boutique depuis un an, une parisienne qui avait quitté son premier métier pour venir s’installer dans ce quartier ancien réputé pour ses antiquaires. Cela marchait plutôt bien à voir le monde qu’il y avait dans la boutique, un jour de semaine. Il y avait peut-être quelqu’un qui se souviendrait de ma tante… Je ne savais pas vraiment comment aborder ces dames inconnues et décidais de payer d’abord mes achats.

- Avez-vous la carte de fidélité du magasin ? me demanda la mercière d’une voix aussi douce que les fils de soie posés sur le comptoir.
- Non, répondis-je, je suis seulement de passage dans la région. Mais je pense que vous deviez connaître ma tante, madame Virbeau…
- Vous êtes la nièce de Jeanne Virbeau ? Nous la regrettons toutes beaucoup ici. Elle était si gentille et talentueuse ! Regardez la régularité des points et l’arrière si soigné de cette broderie !

J’avais un peu du mal à saisir pourquoi une bannière brodée par ma tante décorait la boutique.
Une cliente me désigna un Passé composé, puis un Brightneedle, également réalisés par ma tante. Combien y avait-il de modèles brodés par Jeanne accrochés au murs de la mercerie ?
J’étais un peu honteuse de si peu connaître ma parente devant toutes ces dames admiratives. J’habitais Paris, soit, mais cela n’excusait pas tout.
Au fil des louanges, je commençais pourtant à comprendre. Béatrice, la mercière, aimait montrer à sa clientèle les modèles brodés. Presque toutes les grilles qu’elle vendait étaient exposées dans sa boutique. Les nouveautés et les thèmes de saison étaient accrochés aux murs, les autres échantillons classés dans de grands classeurs. Comme elle ne pouvait elle-même réaliser tous les modèles de son magasin, elle demandait à certaines de ses clientes de les lui broder. Elle leur offrait la grille, fournissait la toile et les fils, avec toujours un petit supplément.

- Votre tante refusait toujours les petits cadeaux. Et elle me ramenait la grille, une fois l’ouvrage terminé. C’est à peine si elle osait garder les restes d’écheveaux.

- C’est incroyable, m’étonnai-je, jamais je n’aurais imaginé ma tante brodant pour une mercerie…
- Oui, c’est assez surprenant, reconnut la mercière. Un jour, j’avais épinglé une petite affichette indiquant que je recherchais des brodeuses bénévoles pour le magasin et elle s’était spontanément proposée de m’aider. J’en avais été très surprise car elle n’achetait jamais que du fil à coudre dans ma boutique, sans regarder autre chose sur les présentoirs.
- Peut-être attendait-elle une sorte d’autorisation pour se remettre à la broderie, suggérais-je.
- Oui, mais sans pour autant devenir une vraie fanatique, me confia Béatrice.

Comme je ne comprenais pas vraiment ce qu’elle voulait dire, elle m’expliqua qu’une fois son ouvrage terminé, Jeanne s’en désintéressait complètement. Elle pouvait broder n’importe quel modèle, n’avait aucune préférence. Elle était douée, mais semblait sans passion. J’étais triste à l’évocation d’une tante alignant les petits points comme des chiffres sur un bilan comptable. J’aurais préféré une parente moins soigneuse, faisant des nœuds à l’arrière de ses ouvrages, formant mal ses croix, mais heureuse de transmettre un héritage. Pourquoi une telle indifférence apparente alors que ses tiroirs cachaient tant de trésors de mercerie précieusement conservés ? Sans doute n’avait-elle pas appris à exprimer au grand jour ses sentiments ou ses goûts.

- En tout cas, j’ignorais que Jeanne avait une nièce brodeuse, conclut Béatrice. Cela me ferait plaisir de vous offrir un de ses cadres.

J’avais une boule dans la gorge et ne pus en choisir aucun. Je ne voulais pas d’un cadeau que tante Jeanne n’avait jamais osé me faire de son vivant. La mercière Béatrice comprit ma réaction et me proposa alors le kit que j’avais longtemps regardé dans sa boutique. Un jour, c’est certain, je l’offrirais à l’homme que j’aime. Ou alors à ma fille. Il était temps, peut-être, d’avoir un enfant…

(c) Hélène croix de lune, 2009
ne pas reproduire sans mon autorisation


mercredi 16 septembre 2009

Abc à l'alsacienne


Fils Soies de Marie sur lin

Voici l'abécédaire que j'ai imaginé pour la troisième arrière grand-mère de ma fille. Pour le réaliser, je me suis plongée dans l'histoire de ma région natale.

Maria-Louise, ma grand-mère paternelle, est née en 1901, en pleine annexion allemande (d'où la présence du prénom Maria. Par la suite, elle ne conservera que celui de Louise). En ce temps-là, un modèle unique de marquoir semblait être diffusé dans les écoles comme l'attestent les échantillons conservés au musée alsacien de Strasbourg. En 1906, une publication destinée à l'enseignement des travaux manuels, éditée pendant l'annexion de l'Alsace à l'empire allemand, présente ce modèle imposé et qui perdure bien après 1918.

Comme on peut le voir, les caractères utilisés ne sont pas ceux de l'écriture gothique, mais de la cursive dite "anglaise". L'absence de la lettre J (assimilée au I en allemand) et la présence du W (peu usitée en France), permettent d'affirmer que les brodeuses pratiquaient l'allemand plutôt que le français. La série de chiffres de 1 à 0 est présente dans l'une ou l'autre police (latine ou anglaise), voire les deux sur les pièces les plus anciennes.

L'abécédaire débute par sept rangées de motifs brodés au point de croix, prenant la forme d'un exercice progressif :
  1. demi-point de croix vers la droite
  2. demi-point de croix vers la gauche
  3. points de croix alignés
  4. points de croix en quinconce
  5. points de croix agencés en motif de chaînette
  6. points de croix agencés en motif de feuille
  7. points de croix agencés en motif de vagues ou "chiens courants"

La brodeuse est identifiées par ses initiales, rarement par ses noms et prénoms. Personnellement, j'ai préféré mettre son nom en entier (car ces abécédaires constituent une sorte d'arbre généalogique féminin léguée à ma fille).
L'année de confection est presque toujours indiquée. Pour les trois abécédaires déjà réalisés, j'ai décidé d'indiquer toujours l'année de leur 9 ans, d'où la présence de l'année 1910.


Sommaire et standardisé, le décor se compose de trois volutes doubles situées au bas de la toile.

Les bords sont le plus souvent terminés par un point de chausson en rouge. Comme je suis incapable de comprendre ce point, j'ai fait un simple ourlet (déjà bien assez difficile pour moi !).

Voilà. Mon abécédaire est terminé et ressemble comme deux gouttes d'eau à celui de Joséphine, publiée dans le catalogue de l'exposition de 2004. Mission clonage parfaitement accomplie !




Source de l'article : catalogue de l'exposition Broder sans compter. L'art de la broderie en Alsace du 16e siècle au 20e siècle (2004).

samedi 12 septembre 2009

Résultats du sondage

Sur un échantillon de 27 brodeuses, vous êtes plus de 80 % à broder selon le type A. C'est à dire que la demi croix qui est au dessus est dans ce sens là : \

Les dernières réponses arrivées après mon calcul, confirment la prédominance du type A chez les brodeuses. Est-ce une caractéristique française ? D'après Anne-Marie, on broderait selon le type B en Angleterre, c'est à dire avec la demi croix au-dessus dans le sens /.


Comment expliquer la prédominance du type A ?
Beaucoup d'entre vous ont appris le point de croix toutes seules et les livres ou revue donnent toujours le type A comme modèle.
Celles qui pratiquaient la tapisserie avaient l'habitude de faire des petits points comme ceci : //// et étaient déjà conditionnées pour former leur croix selon le type A. Cela peut être une autre explication.
L'habitude de broder dans l'autre sens n'est pas liée au fait d'être gauchère ou droitière. C'est peut-être simplement le hasard de la première croix posée sur la toile. Nous avons commencé du pied gauche, en quelque sorte !

Après deux broderies où je me suis obligée à faire mes croix selon le type A (seulement pour voir si cela est plus facile ou plus joli), je vais revenir au type B par solidarité pour les 20 % de copines qui sont comme moi.
Enfin, plus facile à dire qu'à faire ! Voilà que je suis obligée de réfléchir maintenant pour ne pas me tromper de sens ! D'ici que je reste du type A...
D'ailleurs, je conseille à toutes les brodeuses, ce petit exercice de changement de sens. C'est très difficile, un peu comme de changer de main pour écrire.

Pour la prochaine pleine lune, je vous prépare un autre petit questionnaire (facultatif, comme d'habitude).
Merci pour votre participation, souvent très sérieuse.

vendredi 4 septembre 2009

Fils croisés


Pas la peine de tricher : j'ai été une mauvaise ramasseuse de fils ce mois ci. Brodeuse un peu trop nomade sans doute... et pas très productive. Voici donc les quelques bouts de fils qui traînaient au fond des mes paniers.

Je passe tout de suite à mes réponses aux questions que je vous ai posées en cette rentrée.

* Je suis du type B : je fais mes demi-croix comme ceci \ \ \ puis comme cela / / /, en commençant ma croix en haut, de gauche à droite et en brodant de préférence de gauche à droite en partant du haut de la toile.
Pour m'amuser, j'ai essayé de broder tout un ouvrage en utilisant le type A (en formant mes croix dans l'autre sens).
Pas facile de changer d'habitude. Et puis, je ne trouve pas que le résultat soit vraiment différent, alors à quoi bon se compliquer la vie ?

* J'ai appris à broder en Alsace avec ma maîtresse du CE1, et aussi avec ma mère. Je ne sais pas si cette habitude date de mes premiers points.

* Je suis droitière contrariée. Je brode et écris de la main droite mais je repasse et coupe les aliments de la main gauche. Je suis capable de peindre des deux mains, avec la droite pour les finitions précises et avec la gauche pour les grandes surfaces. En fait j'ai une main qui me sert pour tout ce qui demande de la précision et une autre pour ce qui nécessite de la force !

Et vous ?

samedi 29 août 2009

Le panier de la rentrée


Il sent bon la Bourgogne de mes vacances, mon nouveau panier... Autrefois, les vendangeuses portaient des modèles un peu semblables sur leur épaule et le remplissaient de grappes de raisin. Il y avait une ouverture devant pour le tenir plu facilement. Le mien est un peu plus petit et sans ouverture mais son fond à la forme si particulière lui donne un volume idéal pour ranger l'ouvrage du moment.

Quel est-il ? Le troisième marquoir de ma série "Grand-mère".

Après Victorine et Suzanne, au tour de Maria-Louise. Née en 1901 en Alsace, elle est allée à l'école allemande et son marquoir devait sans doute ressembler à celui-ci.


En effet, comme nous l'apprend l'excellent catalogue de l'exposition "Broder sans compter. L'art de la broderie en Alsace du 16e au 20e siècle", les abécédaires alsaciens étaient réalisés selon le modèle unique de l'école allemande. Quatorze abécédaires conservés au Musée Alsacien de Strasbourg, réalisés entre 1886-1936 et pourtant presque identiques, nous le confirment.


Moi, sa petite fille, j'ai donc très sérieusement suivi les instructions d'autrefois et reconstitué le marquoir le moins fantaisiste de toute ma carrière de brodeuse.
Je vous en détaillerai les étapes la fois prochaine.

Je suis contente d'être à nouveau parmi vous !

N'oubliez pas la prochaine pleine lune, le 4 septembre et ma série de questions que vous pouvez retrouver ici.



dimanche 9 août 2009

Pause

Mon blog sera fermé jusqu'en septembre... Clic, clac un petit tour de clé, et à bientôt !


Voici mon porte-clés actuel associant un fin galon en lin brodé et une chute de ruban. Je les ai pliés en deux et cousus, en laissant une petite ouverture pour faire passer l'anneau.
Les marques sur le rebord de fenêtre sont les traces d'atterrissage du chat des voisins quand il se lance dans le vide depuis le mur d'à côté.

jeudi 6 août 2009

Lune d'août

Aucune obligation de poster vos récoltes des vacances mais si vous me tenez compagnie, je me sentirai moins seule !
Mes bouts de fils se sont tout d'un coup échappés de leur récipient. Est-ce pour s'envoler vers la lune, parmi les étoiles ?

Vous l'aviez peut-être admiré
ici, ce charmant étui à aiguilles sur le thème de la lune ? Anne-Marie a eu la gentillesse de me l'offrir. J'aime bien le sens de ce proverbe chinois. Et puis, j'adore les moutons. Merci encore Anne-Marie pour cette délicate attention qui m'a fait chaud au coeur.

Pour la rentrée, je vous propose à nouveau un petit jeu.
Je suis depuis toujours intriguée par le fait que je ne fais pas mes croix dans le même sens que la plupart des brodeuses que j'ai rencontrées et je me demande bien pourquoi ! Il semblerait qu'on ne forme pas ses croix dans le même sens selon les régions où l'on a appris à broder mais cela reste à prouver.

En septembre, je vous demanderai si vous êtes :
  1. - du type A : demi-croix comme ceci / / / puis comme cela \ \ \
  2. - du type B : demi-croix comme ceci \ \ \ puis comme cela / / /
  3. - comment vous avez appris à broder et où ?
  4. - si vous êtes droitière ou gauchère
Ne répondez pas tout de suite mais à la pleine lune du 4 septembre.
Et j'espère que les collectionneuses de marquoirs anciens pourront analyser les croix des demoiselles de d'antan que j'aime tant !

vendredi 31 juillet 2009

Les aventures de Perrine

Perrine est la jeune héroïne du roman d'Hector Malot, En famille, paru en 1893.

En famille - titre qui fait pendant à Sans famille - présente, à travers le destin d'une jeune orpheline, la vie et l'évolution d'un grand complexe industriel de la fin du XIXe siècle : les usines Saint Frères de la vallée de la Nièvre, dans la Somme. Roman " populaire " dans la tradition des récits d'enfant à la recherche de leur origine, En famille est aussi un roman sur la question sociale qui intéressait beaucoup d'écrivains de l'époque. Car, à travers un récit dans lequel l'auteur fait, une fois de plus, la preuve de ses talents de conteur, ce sont la condition ouvrière et le patronage industriel qui sont au cœur de l'œuvre.
(Présentation de l'éditeur Encrage)

Je vous en présente deux extraits ayant rapport avec les travaux de couture.

Perrine, qui a longtemps marché pour rejoindre son grand-père à Maraucourt, doit réparer ses bas.

La poche de sa jupe contenait en plus de sa carte et de l'acte de mariage de sa mère, un petit paquet serré dans un chiffon, composé d'un morceau de savon, d'un peigne court, d'un dé et d'une pelote de fil avec deux aiguilles piquées dedans.[...]
Pour les écorchures de ses pieds, elle pensa que si elle bouchait les trous que les frottements de la marche avaient faits dans ses bas, elle souffrirait moins de la dureté de ses souliers, et tout de suite, elle se mit à l'ouvrage. Il fut long autant que difficile, car c'était du coton qu'il lui aurait fallu pour un reprisage à peu près complet, et elle n'avait que du fil.

L'enfant qui n'ose se présenter chez son grand-père de peur d'être rejetée, se fait embaucher dans une de ses usines. Dès qu'elle a gagné assez d'argent, elle achète un peu de tissus pour se confectionner une nouvelle chemise.

illustration de Lanos

Tous les jours [...] elle s'arrêtait, depuis que l'envie de la chemise la tenait, devant une petite boutique dont la montre se divisait en deux étalages, l'un de journaux, d'images, de chansons, l'autre de toile, de calicot, d'indienne, de mercerie ; se plaçant au milieu, elle avait l'air de regarder les journaux ou d'apprendre les chansons, mais en réalité, elle admirait les étoffes. Comme elles étaient heureuses, celles qui pouvaient franchir le seuil de cette boutique tentatrice et se faire couper autant de ces étoffes qu'elles voulaient ! Pendant ses longues stations, elle avait vu souvent des ouvrières de l'usine entrer dans ce magasin, et en ressortir avec des paquets soigneusement enveloppés de papier, qu'elles serraient sur leur coeur, et elle s'était dit que ces joies n'étaient pas pour elle... au moins présentement.

Mais maintenant, elle pouvait franchir ce seuil si elle voulait, puisque trois pièces blanches sonnaient dans sa main, et très émue, elle le franchit.
"Vous désirez, mademoiselle ?" demanda une petite vieille d'une voix polie, avec un sourire affable.
Comme il y avait longtemps qu'on ne lui avait parlé avec cette douceur ; elle s'affermit.
"Voulez-vous bien me dire, demanda-t-elle, combien vous vendez votre calicot... le moins cher ?
- J'en ai à quarante centimes le mètre."
Perrine eut un soupir de soulagement.
"Voulez-vous m'en couper deux mètres ?
-C'est qu'il n'est pas fameux à l'user, tandis que celui à soixante centimes...
- Celui à quarante centimes me suffit.
- Comme vous voudrez ; ce que j'en disais c'était pour vous renseigner : je n'aime pas les reproches.
- Je ne vous en ferai pas, madame."
La marchande avait pris la pièce du calicot à quarante centimes, et Perrine remarqua qu'il n'était ni blanc, ni lustré comme celui qu'elle avait admiré dans la montre.
"Et avec ça ? demanda la marchande quand elle eut déchiré le calicot avec un claquement sec.
- Je voudrais du fil.
- En pelote, en écheveau, en bobine...?
- Le moins cher.
- Voilà une pelote de dix centimes ; ce qui nous fait en tout dix-huit sous."
A son tour Perrine éprouva la joie de sortir de cette boutique en serrant contre elle ses deux mètres de calicot enveloppés dans un vieux journal invendu [...].


illustration de Lanos

mercredi 8 juillet 2009

La marque du temps

Edit du 10 juillet : j'ai préféré remplacé le nom de l'Aiguille en fête par un autre... Ce n'était que par simple commodité que je l'avais choisi et pas du tout pour régler des comptes ou faire des polémiques. J'aime bien mêler des éléments du réel dans mes histoires. Tout bêtement.


Quatrième épisode des "Mots brodés" mettant toujours en scène la mercière Béatrice et un nouveau personnage, Violette, une brodeuse un peu particulière. J'espère que vous serez nombreux à aimer cette histoire et à me faire part de vos impressions...




à Louise F.


La marque du temps

Déjà nous étions en avril et je n’avais pas vu le temps passer. Même si un foulard pastel ou une jupe fleurie distillaient un air printanier dans la rame du métro, le noir restait la tonalité dominante. J’avais hâte de retrouver les ateliers de restauration du musée des arts traditionnels où j’avais trouvé du travail pour trois mois. J’aimais traverser les bureaux encombrés de fioles colorées, rencontrer des hommes ou des femmes bariolés de peinture et m’installer dans mon petit local, au sous-sol. Il était un peu difficile d’être toute une journée privée de lumière naturelle mais les étoffes que je dépoussiérais méritaient bien pareil sacrifice. J’en avais traité de plus anciennes et de plus fragiles (notamment au musée du Caire), de plus historiques aussi (comme la tapisserie de Bayeux) et pourtant ces marquoirs du XIXe siècle m’émouvaient davantage. Était-ce parce que j’étais moi-même une brodeuse passionnée de point de croix ? Était-ce parce que j’avais conscience que l’exposition pour laquelle je travaillais allait sans doute être une des plus exhaustives sur les abécédaires, marquettes, marquoirs et samplers de jadis ?
Nous attendions les prêts de collectionneurs ou musées étrangers pour compléter les cent soixante pièces françaises qui seraient exposées. Béatrice, l’amie mercière qui m’avait trouvé ce job inespéré, avait prêté les marquoirs d’Ariane Buisset et Marie-Adèle Francières, jolies productions du couvent du Saint-Sacrement à Nîmes. Hier, le conservateur du musée de Salon et de la Crau avait remis au commissaire de l’exposition celui de Louise Justine Atalie.
Il m’avait juste été demandé de dépoussiérer minutieusement les toiles avec un aspirateur microscopique, de traiter précautionneusement la laine avec un produit antimite et de refixer à l’arrière les fils qui commençaient à se défaire. Aucune restauration ne devait être visible à l’endroit. Comme c’était frustrant de ne pas reformer ce F ou ce G, de laisser certaines fleurs sans tige ! Enfin, je connaissais les principes de mon métier. La restauratrice devrait être humble, au service de l’œuvre. Et rester transparente.
Je passais ainsi mes journées à observer les fils à l’arrière des marquoirs. Lesquels laisser aller et venir sans menacer la conservation de l’ouvrage ? Il ne fallait pas qu’après mon intervention, le revers ressemble à celui d’une broderie mécanique. J’étais heureuse de rencontrer une petite brodeuse qui avait mal coupé ses fils, avait eu la paresse de recommencer une nouvelle aiguillée. Ces fils désordonnés étaient sa vraie signature, presque son jardin secret. Je m’efforçais de ne pas trop y passer le râteau ou le désherbant. Marie-France Dubromel, qui exposait dans une galerie proche, était venue visiter mon atelier et avait été ravie de ma démarche respectueuse, elle-même se passionnant pour l’envers des broderies.
A force de les étudier sous toutes les coutures, j’étais devenue une vraie spécialiste des marquoirs. Je savais reconnaître les modèles d’alphabets, identifier les motifs religieux les plus obscurs, déterminer la composition d’un fil ou la trame d’une toile. Moi qui avais fait le tour des créateurs de point de croix, et commençais à me lasser de mon passe-temps favori, ces brodeuses d’autrefois me redonnaient envie de tirer l’aiguille.
Le soir, j’étais impatiente de broder toutes les croix que je n’avais pas le droit de faire renaître dans la journée, d’inventer des marquoirs à l’ancienne. Reproduire à l’identique des oeuvres existantes ne m’intéressait pas. Je commençais par une frise, continuais par les lettres, inventais un nom, choisissais une date au hasard. Je vieillissais ensuite mon ouvrage au marc de café ou à l’acide oxalique et le miracle opérait : l’ouvrage brodé semblait réellement né en 1880. Depuis que j’utilisais une certaine toile Pénélope achetée aux puces, l’illusion était troublante.
L’exposition, qui avait remporté un immense succès international, avait été prolongée pour quelques semaines encore. J’avais quant à moi terminé mon travail de restauration depuis bien longtemps et grâce au commissaire de l’exposition, j’avais été embauchée dans les ateliers pédagogiques du musée. Les parents qui souhaitaient visiter tranquillement l’exposition, pouvaient laisser leurs enfants s’initier au point de croix en ma compagnie. Généralement, je les laissais choisir entre l’initiale de leur prénom, une fleur, un oiseau mais ce n’était jamais gagné d’avance. Avais-je droit aux enfants les plus insupportables ? Les autres visitaient-ils sagement l’exposition avec leurs parents ? Je n’étais pas loin de le croire. J’essayais de ne pas trop leur en vouloir, cependant. Ils étaient plus habiles avec une console de jeu qu’avec une aiguille et le marquage du linge devait leur sembler une occupation bien étrange. Autrefois, les petites filles devaient sans doute avoir la même envie de jeter l’aiguille pour aller jouer à la marelle mais l’éducation qu’elles avaient reçue les maintenait immobiles. A voir le désordre qui régnait dans mon atelier, la nouvelle génération semblait bien décidée à venger ces brodeuses silencieuses et résignées ! Que naîtrait-il de tant d’agitation ? Certainement pas les chefs-d’œuvre que leurs parents admiraient à l’étage supérieur. Je n’étais pas nostalgique d’une époque où les gosses étaient privés d’enfance (que ce soit au couvent, à l’usine ou à la ferme familiale) mais de là à m’extasier devant tous ces enfants-rois…
J’avais hâte de retrouver ma paisible province après six mois passés à Paris. Même si j’allais une fois de plus être sans emploi. J’étais maintenant habituée à la précarité du métier et aux contrats qui m’obligeaient parfois à partir loin de chez moi, pour quelques mois. Je commençais à être connue dans ma spécialité de restauratrice textile et jusqu’à présent, les périodes de chômage n’étaient jamais bien longues… Je n’avais franchement pas le droit de me plaindre. Ma vie ne dépendait pas d’un atelier sur le point de fermer. Je n’avais pas encore d’enfants et mon compagnon était fonctionnaire. J’espérais qu’il serait là pour m’accueillir à la gare. Il était toujours si tête en l’air mais nous détestions nous harceler à coup de téléphones portables. Je préférais rentrer seule à pied, plutôt que d’envoyer un SMS débile (T où ?) . D’ailleurs, Damien était là… C’était si bon de rentrer à la maison en nous tenant par la main comme des adolescents attardés.



- Ma parole, tu as dévalisé les réserves du musée avant de partir ! C’est quoi toutes ces vieilleries ?
Damien qui m’aidait à défaire mes bagages, examinait d’un air perplexe mes broderies à l’ancienne.
- D’abord, ce ne sont pas des vieilleries, lui répondis-je un peu vexée, mais des abécédaires que j’ai brodés pendant mes longues soirées solitaires. Je me suis amusée à les patiner pour leur donner un petit air d’autrefois…
- Oui, je vois, et tu as même fait des trous dans la toile. A moins que tu n’aies engagé quelques mites, en renfort. Je me demande si je n’aurais pas préféré que tu sortes un peu plus avec des amis. Tu as vu combien il y en a ?
Effectivement, il y en avait beaucoup. Des petits monochromes réalisés en une soirée ou deux, des polychromes plus élaborés, des pas tout à fait achevés. J’avais oublié que nous vivions dans un appartement et qu’il n’y avait pas beaucoup de murs disponibles pour accrocher des cadres.
- Ne t’inquiète pas, je faisais juste ça pour m’amuser. Je n’ai pas l’intention de les exposer dans le salon ou la chambre.
D’ailleurs, c’est vrai, je ne m’étais jamais demandé ce que j’allais faire de ces petites choses. Prise par le jeu, j’avais chaque fois recommencé un nouvel ouvrage, dans une espèce d’euphorie. Je n’osais dire à Damien que j’avais bien envie de continuer. D’où me venait, soudain, ce besoin presque maladif de créer, d’inventer ?
Béatrice, mon amie mercière, était venue chez moi et ensemble, nous feuilletions le catalogue de l’exposition en nous extasiant devant certains marquoirs du passé.
- Tu as vu la finesse de cette frise, s’enthousiasmait Béatrice, et ce mouton qui ressemble à un dinosaure ?
- Oui, la petite fille l’a fait trop long et c’est ça qui le rend charmant. En fait, sur les abécédaires, ce sont presque toujours les erreurs qui magnifient l’œuvre.
- Comme tu parles bien, on voit que tu as côtoyé des conservateurs pendant six mois…Je plaisante, montre-moi plutôt les broderies dont tu me parlais au téléphone.
- Ah, mes fameuses vieilleries ! Tu sais que Damien commence à les trouver intéressantes ?
Béatrice passait d’une toile à une autre, les examinait à l’endroit, à l’envers et n’en croyait pas ses yeux.
- Franchement, il y aurait de quoi s’y méprendre. Certaines brodeuses reproduisent des marquoirs anciens mais leurs copies ont toujours un côté figé, même quand elles vieillissent leurs toiles ou choisissent des tons fanés. Peut-être parce qu’elles ne peuvent s’empêcher de faire joli, de bien broder leurs croix. Elles n’arrivent pas à se défaire de leurs bonnes habitudes de brodeuse.
- Elles ne cherchent sans doute pas à faire du vieux authentique comme moi ! Elles brodent cela comme n’importe quel autre modèle de créateur. Ce n’est pas du tout la même démarche.
- Tu as raison. Et puis toi, tu inventes ton abécédaire de A à Z, c’est le cas de le dire !
- Et je brode très mal… Je n’ai pas honte de faire mes croix toute vitesse et parfois pas dans le même sens. Je ne réfléchis pas trop aux couleurs, je ne compte pas vraiment les espacements entre les motifs. Je fais ça dans une sorte d’état d’urgence, d’impatience.
- Tu redeviens une enfant, en quelque sorte.


Je m’étais laissée séduire par l’idée d’exposer mes œuvres dans la boutique de Béatrice et je le regrettais un peu. Les brodeuses allaient-elles comprendre ma démarche ou m’accuser de tromperie ? A l’heure où certaines dépensaient des sommes faramineuses pour acheter des marquoirs troués et mités, n’allais-je pas passer pour une faussaire ? Un peu soucieuse, je poussais la porte de la mercerie. Mes broderies étaient toujours bien en vue sur les murs et je dois reconnaître qu’en entrant, elles attiraient l’oeil.
- Alors, tu n’as pas encore été obligée de les cacher ? demandais-je à Béa, faussement détendue.
- Non, mais je commence à croire que tu avais raison de me dire d’être prudente. Depuis ce matin, j’ai l’impression de marcher sur des œufs.
D’abord, me raconta Béatrice, il y avait eu les puristes qui trouvaient à ergoter sur l’association de certains motifs et étalaient leur science. Puis les brodeuses parfaites, qui trouvaient les croix vraiment très mal formées, le travail beaucoup trop bâclé. Ensuite, celles qui béates d’admiration, demandaient timidement si les abécédaires étaient à vendre ou si l’artiste acceptait les commandes.
- Tu leur as dit que je risquais d’avoir des ennuis à commercialiser des marquoirs qui pourraient être considérés comme des faux ?
- Oui, bien sûr, mais que veux-tu, c’est si tentant de posséder enfin un ouvrage qui donne si bien l’illusion de l’authenticité. La plupart d’entre elles ne peuvent se payer les merveilles que certaines collectionneuses acquièrent à prix d’or sur eBay ou dans les salles des ventes et qui les font rêver.
- Alors moi, je leur permettrais d’exaucer leur rêve à moindre frais ? Cela devient du délire. Si elles veulent des vieilleries, elles peuvent les broder tout comme moi.
- Sauf que toi, tu es vraiment douée pour ça. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que les antiquaires d’à côté sont venus ce matin en délégation.
J’avais oublié que la mercerie de Béatrice était installée dans le quartier des antiquaires et des brocanteurs. J’allais souvent farfouiller dans leurs boutiques quand il faisait maussade. J’admirais la vaisselle ancienne, particulièrement les tasses, mais il était rare que je reparte avec quelque chose. J’aimais surtout retrouver dans ces endroits encombrés, le charme du grenier de ma grand-mère. Perdue dans mes souvenirs, j’avais même parfois l’impression d’entendre son rire au loin ou de sentir l’odeur inoubliable de son rôti.
Béatrice m’expliqua qu’il n’y avait pas de quoi s’affoler. Ils étaient seulement venus lui demander si elle avait l’intention de se lancer dans la vente d’antiquités. Ils craignaient la concurrence d’une boutique plus fréquentée que la leur. Quand elle leur expliqua qu’il s’agissait d’une exposition d’imitations de broderies anciennes non destinées à la vente, ils semblèrent rassurés. Cependant, ils trouvaient un peu dangereux de montrer jusqu’où la marque du temps pouvait aisément être reproduite sur une simple toile brodée et que cela pouvait nuire à leurs propres ventes.
- Ah oui, je vois, les gens vont finir par se méfier ou ne plus accepter les prix pratiqués sur le marché.
- Ou bien exiger une expertise scientifique pour connaître la date exacte des marquoirs avant l’achat, suggéra Béatrice. Est-ce que tu crois que c’est possible ?
- Oui, mais cela coûte très cher, plus cher que le plus cher des marquoirs, et nécessite quelques mutilations irréversibles.
- Si je comprends bien, tu pourrais sans problème vendre un de tes marquoirs à un antiquaire et le faire passer pour authentique, personne n’y verrait rien !
Je n’avais franchement pas pensé à cela en composant mes premiers marquoirs. Durant quelques jours, j’étais un peu anxieuse à l’idée des sollicitations possibles d’un brocanteur peu scrupuleux ou même d’une cliente de Béatrice. Même si je donnais un de mes ouvrages à une personne de confiance, celle-ci pouvait très bien l’offrir à quelqu’un d’autre, qui le proposerait à un brocanteur puis le marquoir se retrouverait dans une salle des ventes. Toute cette spéculation autour des ouvrages brodés m’écoeurait car elle brisait mon rêve. Dès que je prenais mon aiguille, j’avais l’impression d’être une usurpatrice. Fallait-il signer et dater toutes mes créations, leur rajouter un signe distinctif ? Cela n’aurait pas changé grand-chose, ces quelques points supplémentaires pouvant très bien être défaits. Taguer la toile au revers ? C’était une possibilité mais je ne savais pas quelle encre indélébile utiliser.


Et puis une mission d’urgence m’avait détournée des petites croix et éloignée de mon coin de province. Une équipe d’archéologues avait exhumé des fragements de tissus médiévaux très bien conservés et avait besoin de mon expertise pour la préservation de ces étoffes. C’était une découverte assez exceptionnelle et j’étais fière de la mission qui m’était confiée. Comme il était émouvant de tenir entre ses doigts un bout de toile qui avait été tissé dans un passé si lointain. Je n’avais jamais vraiment travaillé avec des archéologues sur le terrain et c’était une expérience très forte. Malgré les conditions météo difficiles, les tensions liées à la fatigue et au manque de temps, les échanges étaient passionnants. J’avais l’impression d’avoir retrouvé l’enthousiasme de mes vingt ans. Je croisais toute la journée de solides gaillards aux chaussures boueuses et aux vêtements trempés, toujours prêts à me montrer leurs dernières trouvailles. Dans ma cabane de chantier en tôle, j’étais à des années lumière de l’ambiance feutrée de la mercerie de Béatrice. Cela me fit tout drôle de recevoir sur mon portable un appel de sa part. Que pouvait-elle avoir de si urgent à me demander ? J’espère que ce n’était pas quelque chose d’aussi futile que de l’aider à trancher entre un rouge 498 ou 321 pour démarrer un nouvel ouvrage ! Quand j’étais sur une mission délicate, de tels problèmes m’agaçaient au plus haut point. Enfin, Béatrice n’était pas du style à me déranger pour rien…
J’avais bien fait de répondre. Béatrice était dans tous ses états. Sa mercerie avait été cambriolée durant la nuit. Ce n’était pas la première fois mais cette fois-ci, on avait aussi saccagé pas mal de choses dans la boutique, par dépit sans doute de ne pas avoir trouvé d’argent. J’étais si désolée pour elle que je n’avais même pas pensé à lui demander des nouvelles de mes marquoirs. Je crois que je les avais tout bonnement oubliés. C’est de toute manière ce que j’avais de mieux à faire car je ne les reverrais sans doute jamais.
- Je suis très embêtée, Violette. Je ne comprends pas pourquoi ils les ont volés.
- Ont-ils volés d’autres choses ?
- Tout ce qui était ancien ou en avait l’air… Ma collection de petits rouges, des articles de mercerie ancienne. Heureusement que les marquoirs du couvent du Saint-Sacrement n’étaient pas encore revenus de l’exposition parisienne.
- Oui, heureusement ! Je t’ai toujours dit que tu n’étais pas prudente de laisser des collections de valeur dans ta mercerie. Ta porte n’est pas assez sécurisée, tu n’as pas de système d’alarme comme les antiquaires. Et j’ai bien peur que mes cadres n’aient attiré des voleurs d’antiquités. Je suis vraiment navrée pour toi mais ne te fais pas de soucis pour mes broderies.
- Tu crois ? Je me sens si coupable. Tout ce que j’avais dans la boutique était bien assuré mais pas tes abécédaires… Et puis c’était des pièces uniques, de véritables créations.
Béatrice était au bord des larmes.
- Arrête de te miner avec ça. Je peux en refaire tant que je veux des marquoirs, et même des plus beaux, d’accord ? Ecoute, je rentre ce soir pour le week-end. On en reparle tranquillement chez moi à vingt heures, si tu es disponible. Viens avec Pierre, cela fera de la compagnie à Damien.


Les garçons avaient su détendre l’atmosphère en nous concoctant un petit apéritif maison. Heureusement car Béatrice était arrivée très tendue. Elle s’en voulait tellement. C’est vrai qu’elle avait été imprudente mais peut-être pas autant que moi qui était l’auteur de ces marquoirs de malheur.
- Violette, me supplia Damien de manière théâtrale, tu me promets de laisser tomber tes broderies, je ne tiens pas à retrouver l’appartement comme la mercerie de Béatrice !
- Tiens, tiens, s’étonna Pierre, je commence à me demander si ce n’est pas toi qui as engagé des voleurs professionnels pour t’en débarrasser…
Voilà qui fit sourire Béatrice.
- La prochaine fois, Damien, tu leur demandes d’y aller doucement sur le reste de la boutique. Les fils piétinés et les toiles déchirées, ils auraient pu s’abstenir. Enfin, cela aurait pu être pire. Ils auraient pu mettre le feu au magasin.
Oui, c’est vrai, les dégâts avaient été moins importants qu’en apparence et les choses dérobées avaient surtout une valeur sentimentale pour Béatrice. Elle avait commencé sa collection de petits rouges à l’époque où cela ne coûtait rien. Certains mêmes lui avaient été généreusement donnés. Elle avait une peine immense comme lorsque l’on perd des souvenirs de famille mais elle s’en remettrait vite.
- Si tu les as photographiés, suggérais-je, pourquoi ne pas les retranscrire en grille et les publier dans un livre comme Muriel Brunet ? Comme cela, tu auras moins l’impression de les avoir perdus. Je peux même te les rebroder.
- Comme tu es gentille mais je n’ai que de mauvais scans inexploitables. Tu sais, je préfère tourner la page. Je crois que je suis vaccinée des collections et que je n’achèterai plus jamais rien dans les vides-greniers.
- Quoi, s’exclama Pierre, qu’est-ce que j’entends ? Vite un médecin. Béatrice est en pleine dépression.
Cela dérida définitivement tout le monde et nous permit d’aborder le sujet du vol de mes créations de manière plus sereine. A la Police, Béatrice n’avait pas déclaré que les broderies dérobées ressemblaient comme deux gouttes d’eau à des marquoirs anciens. Elle leur avait parlé de broderies reprenant des motifs traditionnels, sans mettre l’accent sur le fait que c’était sans doute eux que les voleurs étaient venus chercher. Elle avait bien fait. Si mes faux se retrouvaient un jour sur le marché des antiquités, je n’avais pas à en être responsable. J’étais une faussaire innocente victime de voleurs. Je n’avais rien à me reprocher.


Les mois passèrent et nous étions soulagées : aucun marquoir n’était réapparu sur eBay ou dans les ventes spécialisées. Je commençais à me dire que ma production était sans doute partie très loin. Peut-être au Japon. Des yeux bridés s’extasiaient peut-être à l’heure actuelle devant l’un de mes autels néogothiques au charme très français. Ou alors le commanditaire du vol conservait-il sa collection acquise malhonnêtement à l’abri des regards et des convoitises.
J’avais commencé une immense nappe avec différentes frises traditionnelles, m’interdisant désormais les abécédaires. Sans conviction, je prenais ma toile de lin chaque soir, surtout pour la détente que procurent les mouvements réguliers de l’aiguille. Et tout en brodant une guirlande un peu trop chargée à mon goût, j’imaginais toutes les belles lettres anglaises ou gothiques que j’aurais aimé faire naître sur mon tambour. Bientôt, je reprendrai ma toile Pénélope et j’inventerai à nouveau l’ouvrage de demoiselles imaginaires. Victoire, Berthe, Flore, Appoline... Tout un pensionnat. Il n’était plus question de me priver de ce plaisir.
J’avais prévu un peu à contrecoeur d’accompagner Béatrice au Salon de l'Aiguille (n’ayant plus guère d’intérêt pour la broderie) et finalement j’étais heureuse d’y aller. J’avais besoin de fils soyeux, d’écheveaux aux teintes subtiles, d’inspiration… J’imaginais déjà le plaisir que ce serait de cueillir un bouquet de nuances adapté à mes futurs projets. Pour l’instant, je ne voulais en parler à personne, pas même à Béatrice, mais elle avait vite compris dans le train qui nous menait à Paris, que mon enthousiasme cachait quelque chose.
- Je me demande Violette, ce qui te rend si gaie ! Tu n’aurais pas décidé de te remettre à tes marquoirs, par hasard ?
- C’est possible, répondis-je, énigmatique… Ce n’est pas un crime après tout.
- Bien sûr que non mais cette fois-ci, je ne les exposerai pas dans ma boutique.
- T’inquiète, je les garderai sous clé !


Comme une cuisinière qui fait son marché et qui ne sait pas encore ce qu’elle va mettre dans son panier ni quel plat elle pourra bien inventer avec les légumes de la saison, j’arpentais les allées de la salle d’exposition à l’affut d’un fil ou d’une toile.
J’avais perdu Béatrice qui connaissait beaucoup de monde et s’arrêtait à tout bout de champ pour discuter et admirer les nouvelles grilles des derniers créateurs à la mode. Quelle était la tendance actuelle ? Le rétro avait-il toujours la cote ? Je m’en moquais éperdument. J’avais terminé mes achats qui me semblaient fort raisonnables comparés à ceux des brodeuses que je croisais chargées comme des mulets. A croire qu’elles voulaient toutes ouvrir une mercerie, ma parole ! Dire que j’avais été comme elles il n’y a pas très longtemps, achetant plus de grilles que je ne pourrais jamais en broder en une seule vie.
Un peu anesthésiée par le bourdonnement de la foule et les douloureux piétinements, je paressais sur un stand d’antiquités, espérant que Béatrice finirait par me trouver là. Il y avait de très beaux ciseaux de Nogent (trop chers pour ma bourse, hélas), des fils anciens pas très connus, de la dentelle de Calais, des marquettes d’école, des broderies religieuses. Et au milieu de ce désordre de vieilles choses présentées de manière très étudiée, je le reconnus comme une mère reconnait son enfant : mon marquoir de Gilberte de Forcheville ! Comme il rendait bien dans ce joli cadre ancien. Il était plus vrai que vrai. J’en avais presque le souffle coupé.
- Puis-je vous renseigner, Madame ?
Submergée par des émotions confuses et contradictoires, je n’avais pas vu la jeune antiquaire s’approcher. Sa voix, pourtant très aimable, m’avait presque fait sursauter.
- Oh, non, merci, ce n’est pas nécessaire. J’admire simplement ce beau travail de broderie. Je ne suis pas collectionneuse.
- Dommage… C’est un de nos plus beaux marquoirs. Il a été brodé par une de mes aïeules.
- Ah oui ? fis-je, faussement enjouée. Je n’allais pas révéler à cette femme de mon âge que c’était moi, son ancêtre. Ni lui suggérer de lire Proust pour découvrir que Gilberte de Forcheville était la fille de Charles Swann et Odette de Crécy… Mon faux marquoir était quand même vendu 1400 euros ! Je ne sais pas où l’antiquaire l’avait acheté mais son mensonge m’empêchait de lui poser la question.
- C’est triste de vendre un souvenir de famille, lançais-je pour tester sa réaction.
- Oh, vous savez, j’en ai tellement que je ne peux tous les garder. Et puis c’est celui d’une ancêtre très lointaine.
J’étais persuadée que l’antiquaire savait qu’elle vendait un faux. Sinon, pourquoi cette invention de patrimoine familial ?
J’expliquais tout cela à Béatrice retrouvée à la cafeteria. D’après elle, cela ne prouvait rien. Il était très fréquent que les antiquaires en rajoutent un peu.
- Tu comprends, me dit-elle, cela donne une petite valeur sentimentale à l’objet. Cela fait toujours craquer les acheteurs. C’est beaucoup plus vendeur de faire croire qu’on connait l’histoire d’un meuble ou d’un trousseau. L’antiquaire a peut-être simplement acheté ton marquoir aux puces et elle a inventé cette histoire pour impressionner les clients.
- Ce qui me déçois le plus, fis-je un peu dépitée, c’est que tout le monde triche.
- En tout cas, il vaut mieux faire comme si tu n’avais rien vu.
Et c’est ce que je fis. Un peu attristée tout de même d’abandonner Gilberte de Forcheville sur le stand de l’antiquaire, je pris discrètement une ou deux photos souvenir avec mon téléphone portable. Je ne pensais pas retrouver la trace d’autres broderies. C’était déjà si extraordinaire d’être tombée par hasard sur l’une d’entre elles ! Et pourtant, je n’étais pas au bout de mes surprises.


Comme des fleurs qui éclosent soudainement au printemps, mes marquoirs réapparurent un peu partout ! En flânant sur eBay, il m’arrivait de retrouver certains de mes petits rouges. Les enchères commençaient même à s’envoler. Béatrice me signalait régulièrement des blogs sur lesquels elle avait repéré une des mes œuvres. C’était presque devenu un jeu pour nous quand je passais dans sa boutique. Elle allumait son portable et nous partagions nos découvertes dans le plus grand secret.
J’étais venue lui rendre une petite visite ce mardi matin et, la mercerie étant déserte, nous nous en donnions à cœur joie tout en sirotant un excellent Darjeeling.
- Tiens regarde celui-ci, dit Béatrice en cliquant sur un de ses marques-pages. Sylviane-doigts-de-fée l’a acheté ce week-end en Normandie. Je lui ai mis un commentaire pour lui demander si elle était bien sûre qu’il s’agissait d’un authentique. Et bien, elle a mal pris ma remarque, disant qu’elle savait reconnaître un marquoir ancien d’une reproduction.
- Il y en a même une qui, un jour, m’a dit qu’elle s’en moquait. Ce qui comptait pour elle, c’était d’y croire.
- Pourquoi pas ? Et je suppose que plus c’est cher, plus ça les aide à y croire.
Le lendemain, Béatrice m’envoya un message sibyllin pour me dire de me connecter sur le site des Alphabets d’autrefois ce que je fis immédiatement.
Pour la première fois, une de mes créations était proposée en grille. Magalie Prince, la créatrice des Alphabets d’autrefois avait acheté mon abécédaire d’Eugénie Tardieux et en avait retranscrit les moindres erreurs. Toutes les brodeuses s’arrachaient le modèle surtout depuis qu’un SAL organisé par une certaine Alice l’avait fait connaître. De blog en blog, je voyais le marquoir d’Eugénie prendre des couleurs, virer au bleu, au rouge, se répandre sur de la toile Aïda ou au contraire devenir une petite chose précieuse brodée en un fil sur un fil. Comparés à mon marquoir d’origine, toutes leurs versions avaient cependant l’air d’une reproduction. Béatrice avait raison, mes doigts seuls paraissaient capables de produire du vrai faux vieux ! Peut-être étais-je habitée par l’esprit de ces petites filles quand je prenais mon aiguille. Je commençais presque à trouver cela étrange, troublant. J’avais parfois l’impression d’être une passeuse…
La semaine suivante, Dorothée, une conservatrice que j’avais connue au musée des arts traditionnels, m’invita à passer la journée à Paris. Elle en profiterait pour me montrer le dernier chef d’oeuvre qu’elle avait trouvé et me donner un peu de travail. Elle collectionnait depuis quelques années toutes sortes de broderies du début du XIXe siècle et m’en confiait toujours le nettoyage et l’encadrement. Elle avait acheté au Salon de l'Aiguille, un marquoir très intéressant qui nécessitait des soins particuliers. Durant un instant, j’eus très peur qu’elle n’ait acquis celui de Gilberte de Forcheville ! Elle m’en présenta un autre mais je ne fus pas soulagée pour autant : il portait le nom de Xavière de Luce et était peut-être mon canevas le plus élaboré, brodé tout en soie. Je me souvenais parfaitement du plaisir que j’avais eu à broder le X très orné du prénom, le panier de roses blanches. J’avais eu du mal à les reconnaître car elles étaient très sales. On aurait dit que l’ouvrage sortait tout droit d’une poubelle. Il faisait vraiment peine à voir. Dorothée me proposa de l’emporter chez moi pour le restaurer à mon rythme, ce que fis avec bonheur. Même si c’était un peu cocasse de restaurer une de mes propres broderies, je pris ma tâche bien à cœur, oubliant parfois qu’il s’agissait d’une fiction du passé née de mon imagination. Et c’est bien l’unique fois, que je gagnai un peu d’argent grâce à un de mes marquoirs.


Je n’ai pas retrouvé toutes mes broderies, mais je sais qu’elles continuent à voyager loin de moi. Sans le savoir, vous en avez peut-être une dans votre collection. Je sens que vous commencez à douter. Cet échantillon brodé que vous avez acquis contre une petite fortune, les usures qui le magnifient à vos yeux sont-elles celles du temps ou celles du rêve ? Et si c’était une chimère, la fable d’une brodeuse passionnée, le songe éveillé d’une restauratrice pas comme les autres ? Tant pis, après tout. Peu à peu, vous arriverez peut-être à entendre les petites filles d’autrefois dialoguer avec celles que j’ai inventées, à les imaginer appliquées à copier un semblable modèle. Vous comprendrez alors que mes petites croix n’étaient pas une imposture….

(c) Hélène croix de lune, 2009

Dans la rubrique "salon littéraire", retrouvez les nouvelles précédentes mettant en scène Béatrice et d'autres brodeuses (Le fil d'Ariane, Le temps d'une ronde, Ad libitum).

mardi 7 juillet 2009

Les fils de la pleine lune


A nouveau la lune sera pleine dans le ciel cette nuit... et nos petits pots bien remplis.
Sorbet framboise ou glace berlingot ? A vous de choisir.
Bonnes vacances à toutes !

samedi 27 juin 2009

Le temps des grands-parents

Souvent, l'été rime avec famille. Les générations se retrouvent le temps des vacances. Ou bien les enfants sont confiés pour quelques jours aux papies et mamies pendant que leurs parents travaillent.
Souvenir de séjours idylliques chez ma grand-mère Victorine dans son cher Val de Villé, sauvage et mystérieux (Mireille ne me contredira pas...).
C'est peut-être ce qui m'a donné envie de reprendre ma série d'abécédaires des arrières grands-mères de ma fille.

Voici celui que j'ai imaginé pour Suzanne Dailly née en 1912 à Nicey-sur-Aire (Meuse), grand-mère maternelle de mon mari. J'ai eu la chance de la connaître moi aussi.

J'ai repris en partie les alphabets et frises d'un petit rouge publié par Muriel Brunet et j'ai modifié la partie inférieure. Je n'arrive pas tout à fait à me libérer de grilles pour inventer un marquoir de A à Z mais je pense que je vais y arriver bientôt.

Brodé en fils de soie (AVAS) rouges et bleus sur une toile de lin 16 fils, monté sur carton et gansé d'un joli ruban à l'ancienne.
Un délicieux parfum d'antan pour finir l'année scolaire en broderie...

vendredi 19 juin 2009

L'âge de la communion


Marquoir de Mélanie Vernet, 1850 (brodé en laine).
Extrait de "Les marquoirs anciens", C. Pouchelon

Jadis, les jeunes filles de bonne famille dont l'éducation était confiée à des établissements religieux, brodaient ce type de marquoirs l'année de leur communion.
Elles apportaient beaucoup de soin à l'autel qui symbolisait l'endroit sacré où pour la première fois elles rencontreraient les mystères de l'Eucharistie. C'était un évènement initiatique très important pour ces demoiselles dont le corps était également en pleine transformation. La communion était une sorte de célébration marquant la fin de leur enfance.

Après le marquoir, viendrait le temps du trousseau...


Alix est une petite fille espiègle d'aujourd'hui à qui j'ai eu envie de broder la reproduction du marquoir de Mélanie Vernet (en y apportant quelques transformations). Comme elle habite loin de chez moi, je ne pouvais le lui envoyer encadré. J'ai donc opté pour une transformation en coussin.
Alix avait une maman brodeuse qui parce qu'elle avait passé un peu trop de temps sur internet, a roulé trop vite à la sortie d'un village. Elle n'a pas vu une plaque de verglas... C'est en pensant à elle que j'ai brodé cet ouvrage. Et au formidable papa d'Alix, Erwin et Valerian qui élève seul ses trois enfants.

mercredi 10 juin 2009

De la toile à la page



Dernièrement, je suis tombée sur un livre tout récent signé Corinne Chambras-Gangloff : Abécédaires au point de croix, de la toile à la page (éditions Arte Libris).

L'auteur partage avec nous sa collection de marquoirs anciens, très bien mise en page (le stylisme est signé Fabienne Bassang).
Au fil des pages, des écrivains d'hier et d'aujourd'hui parlent de la broderie ou des travaux d'aiguille. Certains textes sont connus, d'autres beaucoup moins. J'aime beaucoup cette double promenade qui nous est proposée et ce livre est vraiment un petit trésor de paix et d'harmonie.

Cependant, quelques erreurs m'ont un peu dérangées (il faut dire que je suis très exigeante en matière de livre !) Tout d'abord l'écrivain Colette qui est mentionnée sous le nom de Gabrielle Sidonie Colette. Je sais bien que c'est son vrai nom mais pas son nom d'artiste.
Quant au marquoir de la page 77, brodé dans le Gers en 1915 par Hélène Ferras, l'auteur s'étonne d'y voir une croix marine, symbole pour elle de la mer. Et bien pas du tout : l'ancre est en fait un symbole chrétien qui symbolise l'Espérance des chrétiens. Il suffit de faire un tour dans les cimetières ; beaucoup de tombeaux du 19e siècle sont ornés d'une ancre, symbole de l'Espérance en la Résurrection.

Si Corinne Chambras-Gangloff passe par là, j'espère qu'elle ne s'offusquera pas de mes remarques qui n'enlèvent rien à l'amour que je porte à son livre (après tout, c'est mon blog et je m'y exprime librement). Comme nous partageons la même passion pour Marie-France Dubromel, je suis sûre qu'elle prendra très bien mes remarques (constructives, je pense).
Et puis si jamais, elle cherche d'autres textes à éditer en regard de ses belles collections, je l'invite à lire mes nouvelles (Le Fil d'Ariane, Le temps d'une ronde, Ad Libitum...) Cela ferait un joli ouvrage !!!
Un scoop à ce propos : il y en aura une nouvelle comme cadeau pour les vacances. Son titre ? L'héritage... Patience donc !

dimanche 7 juin 2009

Fils en poussière et panier en désordre


Avant de finir en petites croix ou en chutes de fils délicatement récoltés, les écheveaux de mon ouvrage en cours patientent dans mon panier.

Attention aux âmes sensibles, les photos suivantes peuvent choquer !


Les fils de soie que j'archive dans des petits sachets sont rarement rerangés dans leur pochette (il m'arrive d'ailleurs de perdre leur numéro).

Pourtant, j'ai un magnifique porte-fils (et même deux autres tout aussi jolis) mais je ne trouve pas cela très pratique.

Et comme toutes les désordonnées, j'essaie de prendre à chaque ouvrage de bonnes résolutions :

1. Ne plus laisser les ciseaux et les aiguilles traîner
2. Remettre les fils coupés dans leur sachet et ne pas les poser à côté de moi (je passe ma vie à me promener dans la maison avec des fils accrochés à mes vêtements !)
3. Mieux ranger pour gagner du temps (finies les heures à défaire les noeuds où à essayer de retrouver la bonne référence d'un fil oublié sur un coin de canapé).
4. M'inspirer des copines qui, elles, ont toutes les qualités que je n'ai pas ! (C'est pourquoi j'attends vos astuces et témoignages avec impatience..)



Prochaines pleines lunes
7 juillet et 6 août

En raison des vacances, la publication des photos de votre récolte de fils sera facultative. Continuez cependant à bien remplir vos pots que ce soit au jardin, sur la plage, à 1000 mètres d'altitude... Gare au vent qui est un ennemi redoutable ! Je serai quant à moi au rendez-vous et vous poserai d'autres questions tout aussi importantes (:-) dès septembre.